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■\ r<s

JOURNAL ASIATIQUE

DIXIÈME SÉRIE

TOME VII

u

JOURNAL ASIATIQUE

OU

RECUEIL DE MÉMOIRES

D'EXTRAITS ET DE NOTICES

RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES

ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX

mioioi

PAR MU. BARBIER DE UETHARD, A. BAHTH , R. BASSET

CHAVANNES, CURMONT -6ARNEAU, HALévT, BOUDAS, MASPERO

RUBBNS DUVAL, i, SENART, ETC.

ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

DIXIÈME SÉRIE TOME VII

PARIS

IMPRIMERIE NATIONALE

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

RUB BONIPABTE, 38

MDCCCCVI

JON^V

JOURNAL ASIATIQUE.

JANVIER-FÉVRIER 1906. UNE AMULETTE

JUDÉp-ARAMÉENNE,

PAR

M. SCHWAB.

De Beyrouth, îe R. P. Ronzevalle, professeur à l'Université française de Syrie, a bien voulu nous adresser un monument des plus intéressants pour Tarchéologie, la philologie et la paléographie sémi- tiques , imis à la disposition de notre correspondant par le P. Giacinto des Franciscains de Terre-Sainte, secrétaire actuel du délégué de Syrie en Europe.

Voici presque textuellement la lettre d envoi du R. P. Ronzevalle, sauf omission de quelques lignes, trop élogieuses pour le destinataire :

, ft Monsieur, je npie permets de vous adresser ci- inclus la copie, aussi exacte que possible, d un cu- rieux n)onument trouvé dans une tombe des envi- rons d'Alep. C'est une lamelle d'argent, enroulée dans un petit tuyau de bronze, et portant, au re- poussé, plus dé 87 lignes d'écriture hébraïque. « Cette amulette , -— car c'en est une , et c'est le

157548

6 . , JASVIER-FÉVRIER 1906.

mot mênàc par'lequd commence le texte, — ^ offre, si je ne me trompe, un intérêt égal, sinon supé- rieur, à tous les textes magiques publiés, soit dans les Proceedings ofthe Society of biblical Archœology^ , soit dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-- Lettres (jSàvants! étrangers^). Il s agit de ré- soudre les, petites diilicultés quçCDre ce texte, évi- demment apparetïté aux autres , mai^ constituant une catégorie à part, encore peu connue jusqulci. . . Le texte est facile à déchiffrer, malgré les fréquentes confusions de lettres similaires ...»

Un autre religieux du même ordre, le P. Jala- bert, a eu lamabililé de tirer deux photographies de cette amulette, Tune de face et l'autre de revers, d'uqe telle netteté que leur reproduction équivaudra au texte et facilitera la lecture.

Elle intéresse d'abord l'archéologie , car si les in- scriptions magiques des premiers siècles de l'ère chrétienne ne sont pas rares lorsqu'elles sont écrites dans le creux de coupes en terre cuite, on a fort peu d'exemples de la forme adoptée pour la présente amulette. Elles étaient fréquentes dans l'antiquité grecque et romaine^, mais non en Orient. Pour la première fois, dans ses Étades phéniciennes'^, C. Brus-

^ Cahiers d'ayril 1890 et juin 1891.

* Vocabulaire de tangélologie , 1" série, t. X, 1897; Supplément am vocaJbmUûre, dam les NoilceB et extrait» des mamuerkt, t XXXVI • i899«in-4%

' Dejixionum tabellae atticae (Corpas inscriptionum atticarum, Appendix): Beriin, 18^7.

* n* série (P. 1904), p. 9B-97. Cfr Cam^ nnéms de tAeadé-

UNE AMULÊTTKi JDDÉO-À»AMÉENNE. 7

ton à publia tine Tahèila de^otiorth '-. punique , gravée surHirurauleiau de piomb trouvé il y a quelques ann nées dans une des nécropoles do Carthage. Cette toWlo esb unie' «exédratioàrf: adressée k Elathy divi- nitjàjdu nialheui»^ert de la mort, comme V Allât haby- Ionienne était lai déeissedôs'régiominférie^réd, sem^ bUbleà rMKÏat'^9 ArA!>e5^ • : ^ . i j

••* >Notre teî^te^stndn moim mtéres^antpour tahV gîlis^que^' H .présente un curieux assemblage d'erx- presMonsoKaJ^aïques , suivies de citbtioriahébraïque*, énapruittées à te Bible, mais déformées < corrompue^ comme estropiées à plaisir, par lin e bizarrerie peut- être, voulue y non par ignorance , mais consciemment , dans le. but de dérouter les démons et d obvier à leurs maléfices»

En outre, cette pièce a un intérêt paléographique; selon la juste remarque faîte par le R. P. Rôn^e- valle, on trouve dans oé textie, souvent prises i une pcÀjr Tautre, les lettres n, n, n, le ^ et le 3, le i et ie •), tt^op souvent 1 et s et môme n pour fi final. On notera , à la fin de la ligne 4 et au premier mot de la' ligne 5 , la forme bizarre H p<^^r n et n : la ligne horizontale coupe, au tiers de la hauteur, ie^ deux hastès verticales; elle rappelle ainsi Toriginé phénicienne de la lettre, devenue H en grec et en

mie des Inscriptions et Belles-lettres, 1899, p. 173, 179, 186, 307, article de M. Pli. Berger; ibid,, p. 490-492, article de M. Clermont-Ganneau ; du même. Recueil d'archéologie orientale, III, p. 3o4-3i9; IV, p. 87-97; hiDZBARSM^ Ephemeris fur sémit. Epigraphik; Répertoire d'épigraphie sémitique, n° 18.

8 JÂNVIER-FÉVRIER 1906.

] atin. C'est une particidarité déjà notée par M. Gier* mont-Ganneau pour Tépitaphe de Juda ben Try- phon^ en Palestine.

Il en résulte qu'au lieu d'attribuer notre document au vil* siècle de l'ère vulgaire, comme on le suppo- serait de prime abord, il faut remonter au v* siècle, peut-être même au iv* siècle. Toutefois le langage adopté n'entre guère en ligne de compte; car, cela va de soi , les formules arcliaïques employées par le scribe étaient usitées , en ce cas , de préférence aux formes plus modernes, d'un emploi courant et vul- gaire , donc impropres aux mystères.

On le constate également pour les textes analogues inscrits sur des coupes en terre cuite, qui depuis 25 ans commencent a anîver de la Mésopotamie jusqu'en France; celles-ci sont ainsi réparties cbez nous : deux au Cabinet des Médailles de la Biblio- thèque nationale; sept au Louvre; deux au Musée Lycklama à Cannes; une chez un numismate. To- tal : 12^. Mais aucune d'elles n'atteint l'intérêt de notre texte.

Sous le bénéfice de ces remarques, essayons de lire et de traduire notre curieux document, qui par le fond ressemble aux autres fonnules de conjura- tion, sollicitant les bons esprits contre les mauvais.

* Procecdings of biblical Archœology, i884, t. VI, p. i a 3- 128. ^ Voir Bapport sur les inscriptions héhraï(jues en France, j). ifi.4- 181.

!|0 |w . JlkMVIIER.F£VRIIËA I90«l; i/ )

'* ^ * * *

. ::.'■:.; •<:- . . nwD p navV.n3t:;D p3 3o

. •Jn1nWl.1J^^^w'»p^1pw^ D3'»^y '»:n 32 • nwamo,]'»3>miT2'mo^iDpin 33

■■•; 1. ".:■:■•■ ; î . ... . ^Kl»V. '^H^K mN3[S 34

.. '-.-; .,^./., .... .,,1{?n-0''''n^ 35

i'^' fragment : -rpn; prih TW:f ^nK:' • 2* fragment I i5Wn pt?3D WV"

TR^PUCTION. ,

1 Bonne amulette^ dam .laquelle est gravé Ténoncé sui-

vant ; .

2 0 saint, par les grands, et parmi les saints son nom

honoré ,

3 Dieu sublime , exalté , mon secours , Ehyeh ,

4 Ahmah, Ëhyeh, Ahmab, Hasdiah (= ma grâce est

Dieu).

5 11 estDieii vivant, venu du feu; s*est agenouillée (bais-

sée) . •. .

6 mon on4)re, et comme dans les ténèbres, elle a pénétré.

7 11 est Jehoyab, je suis, Jehovah, Dieu tout-puissant,

que

8 Dieu Yâschi (?) ....... Ehyeh , et de

(? les milliers de ciéux, lé vivairrt'. . .et roi de).

9 la course des concurrents , cp^ par ea fureur

UNE AMULETTE JUBÉO-ARAMÉENNE. 11

10 a fait trembler if( terre. ainsi que ce chef, et icebienlÀt^

11 tandis que lui vivra à perpétuité, d'une génération à

Tautre, certes. . > , ' . m ' !»

12 n est là à jamais , jusqu ^u Sud et en face ( Esl) , ' •■ i3 à gaucbç (Nord) et à l'Ouest, pour saisir ie.s angles , i4 de la terre. Les méchants seront rejetjé^,I,9ifi|d*eUj^;,itiA9!i

1 5 sera . rejetée 1 x)mbreii&e et le souffle . vit^ , inide oui fe-

melle,

1 6 d'Akmô fille d'Amarban , de ses deux cent

17 quarante-huit membres , et même des quatre

18 cents, y: compris lés entrailles; Que lé cœur d'un bodime

vii ne sepose^pas. ,.. i- -Ui.i ., , ":- : i.-»;,!

19 sur, elle, dans sa bouche;, qu'elle brille hors de lui, à

Tooibrç .(éclat ) : . , .< ... = ,, |

30 du soleil, pomme }e style (rayon) de la luneet.coinme les planètes, et soit

3 1-32 (? par ordre de Hafsiahj, .....•• .

23 Amen, Amen, Selah, Alléluia.

a 4 Dieu des séjours (célestes), au nom d'Ougrith (démon), du i

25 maître Mautita (l'obscur), et par le règne de la pâle (U

lune)

26 .... . appi*opi*iée à la ventte de Tépidémie et du vide,

27 \ l*as]()ecf de splendeur ( puis , l o planètes ) . * 2 8 Je vous conjure , tous , la i^osée et le froid , *

29 et le feu, et les nuées, soit d un jour àTâutre,

30 soit d'une semaine à l'autre, soît d'une aimée

3i à Tautre, soit d'un mois à l'autre. J'impose la conjura- tion , : ).

3i à vous, au nom de sa main droite, de son pouvoir,' dé la force

12 JANVIER-FEVRIER 1906.

3S de sa puissance, pariJehovah, Jehbvah, Jehovah, Je- hovah

34 Sebaoth, Dieu dlsrael. ...

35 .... Dieu de la- vie, ie saint. . . ^ . '

Premier fragment : « Eternel, agis (favorablement) en vertu dé ton noin.»

Deuxième fragment : « . . . . smeiit assujettis. Mon salut

OBSERVATIONS.

Ligne i» -^ Le premier mot, le terme néo-hé- breu y"'Dp « amulette » , est rarement ainsi placé en tête du texte. -^ — Lé troisième mot est^ ou fautif de la lettre initiale, pour mnn « scellé », ou dé la finale, pour sirD « écrit ». — Le dernier mot suggère la ré- marque que, le plus souvent, mais pas toujours, le 1 angulé dififère du "i arrondi.

Ligne 3. — Peut-être '?N''n-) « Élévation de Dieu » [Vocabulaire d'angélologie, p. 36o). Pour hmk, voir ligne 7.

Ligne 4. — Le dernier mot nnt:?n\ moins le*» initial , se retrouve sur une coupe à inscription ma- gique du British Muséum (Layard, Nineveh, etc., p. SgS, plnXXi; Jos.Halévy, dans Chwolson , Cor. 1ns. Hebr., p. 1 15; Proceedings, S B, p. i5 et ly).

Toutefois , M. Max Seligsohn consulté a bien voulu concourir au déchiffrement de ce texte et nous don- ner de .prjécieuses indications. — S^lon lui, à la fin de celte ligne Zi, il faut certainement lire "^i^ n*»,

UNE AMULETTE JUDEO-ARAMEENNE. 13

deux noms deDieu; ce sontdes nom& propres, norw est probablement un nom cabalistique, coniposé d'après lesystème de la 'Gema^ria.: Quant àia lettreH à la fin de cette ligne; elle jou« le mémei rôl^ que le K à la fin de la ligne pr'écédente; \ -

Ligne 5. M. Seligsohn est d'avis de traduire : « Mon Dieu, il est avec moi » (lisant '»rïK) , « par suite de son feu se met à genouît mon image. »

, Lignes 6 et xb. t^t- J'pte.pour '»3'?û, par extension du.sensd'o/nère^, signifie; k démons de ïpmbrç»Qu du soir, 4ont le sens est p^icisQ par le cp^texte.jians la version cbaldée^ne du Gaptiqu^e, ,iu , , 8 et iv, 6{, Voir Mor. Grûnbaimi , Z^iUchrift far K^ilschrijifor^ schi^ng^, t. II, p. 228. Les, 3* Qt 4' mots sont em- pruntés au verset 2 djii psaume xi ; «Pour tireir de Tobscurité », c est-à-dire en embuscade,, traîtreuse- ment, de façon diabolique. M. Seligsohn lit : ^D^S, «mon image».

Ligne 7. — L'expression n\iN «je suis» est la première désignation de la Divinité dans le mono- théisme biblique, telle quelle est exprimée dans l'Éxode (iii, i/i), »lors de, la révélation mosaïque dans le buisson jardent. .

Ligne 8. — Après le mot hi< « Dieu » , on voit un signe bizarre 3 7 un qviqsi précvu*seur de TE grec ; ou latin I jtourné à gauche.. Qn trouve ce.^gije ainsi fi- guré- 32 fqjs, occupaoït te» miiieu du. cercle d'une

14 JANVIER.FEVRIBR l»oe:

eoupe à incantation au musée du Louvre, et for- mant au loti^l une circonférence inachevée. Voir Proceedings , ihid. , p. 4 1 * — -. Dans cette même ligne, des points: remplacent, ks lettres non lues, figurées par un sigle. — Après ih il y a le s^neastrologicfue de la pjanète Vénus 9, mais un peu déformé.

Ligne 9. — Le premier mot V^'^^. laissé au sih- gulier après le nombre mille, n est peut-être pas une faute de grammaire, selon lusage assez fréquent de kisser subsister le singulier après les nombres cent ôtr mille; d ailleurs, la Bible (Ecblésiaste, ix, 11) remploie àitisi , à Tétat abstrait. - — Le dernier mot de cette ligne semble de prime abord être une alté- ration de '»'»Spt5, en apposition avec le mot suivant : « des extrémités de la terre » (Isaïe, xxvi , 1 5 ; Psaumes xtvm, 1 1); mais la suite rappelle, quoicjuun peu confusément , le verset dé Jérémie (x , 1 o ) :

V^xn c;ynn iDSpD D^iy ^^D1 ...

... et le roi de l'Univers ; par suite de son irritation la terre tremble.

Le mot précédent D^nxiD^ se retrouve avec la même acception, sauf la forme du singulier, sur une coujpe riiagîque du British Muséum et sur une autre du musée du Louvre [Proceedings , p. 20 et

'Ligne 10. —^ On remarque les deux variantes pn !el »nn pour rendre le démonstratif ce, appliqué à des indications différentes Tune de 1 autre, Tune

UNE ÂMULEirrE^FCDEO-'ARAMIEENNE. »

paursùn ôtre^ J autre pour» un fait, j — La fin de cette iigAe4emUec6mportep la moitié dua inpt^ oomplétp en tètetidè la ligne;suivant6; on ne saurait toutefois dissitnuien^que la ibihiiùia ^^nira semble empruntée

à/rrw©3^;;.....v; .•;• ./.-n • ...i- :■/ ■■.^■■. ^: i'-^-'i

' Lîgrle'i'i. 7-^Le S^ipot.'se compose d'un sigle ^ sùîVi de -îâ let'tre n ; en" se référant au contexte il est loisible 'd y lii^ lé inot nx:? «à jaimaïs». — -Dans le mot suivant "TilD, la dernière lettre "i manque, ainsi que l^.lettjre-iK du idernier mot m (sil est mis pour

Lignés' i3-i4l—^ Les deux derniers mots , lî^ne i3, joints à la ligne suivante, constituent deux hé- mistiobes d^ Jol^ (xxxvni, i3), par allusion aux (juatre poi^ats câjrdinavix énoncés précédemn^ent, .

Ligne 18'. —-Dans le second mot, nu^»n, la forme chaldaïque avec z est plus grammaticdement correcte qp à la . ligne 6. — L'idée de « souffle ^ital de mâle ou de femelle » se retrouve dans deux ooupes magiques du British Muséum (Proceedings , p. ili

Ligne 1 6. —7 nrçiDpK gérait une mauvaise ortho- graphe (p pour d). avec redoublement ou tëgaie- mçnt dela'sylJabp'JD, dxjj} terme i^ité dans la vei;- sîôn chaldéenne de TËcclésiaste (xi, 10). On ïe retrQUVf^dan&.4e§^ textes similajures sur coupes eiji terre cuite. 4^ la cqUççtipnDipulçifoy, au Musée duLoUjVre {Proceedf.ngs , i^Qi., p., 9 et 17^). . ,. ,^.

16 JANVIER-FÉVRIER 1Q06.

Ligne 17. — La mention des « a 48 membres » ^ que ron supposait jadis constituer lanàtomie hu- maine, se retrouve sur une coupe à inscription ma- gique du Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale [Revue des études juives, 188a, IV, p. i65). Seulement, lauteur du présent texte pousse le compte plus loin , et il suppose que ce compte atteint le chiflfre.4oo, en y comprenant les entrailles.

Ligne ig. — L expression n^D^ n^^y, au lieu d'être un complément indirect de la phrase précé- dente, pourrait être une apposition : «une feuille

au bec » (Genèse , viii 1 1 )• .

Ligne 20. — Le premier mot précédé de ^Xtl (dernier de la ligne 19), fait songer à l'expression die TEcclésiaste (vu, 12) nDDnn bn « à Tombre de la sa- gesse ».

Lignes 2 1-22. — Observations pour les H, déjà faites ci-dessus , ligne 8 .

Ligne 26. — nn>w = n-):iK (litt. : fente =- nap:), nom de démon femelle, cité par le Talmud B., tr. Pesahim, f. 1 1 1*, et le ZoJiar, IIÏ, f. 1 1 4*. Cî, Vo- cabulaire d'aRCjélologie, p. i33. Il est apparenté au «Bar^Agro» de FÉvangile (Saipt Matthieu, iv, 2 4).

Lîgiie 2'5. — ^XD>ni>:D-)D=(?) ^«••ônD, Mitaji-El ce lang'e frappeur' » ; triais si f avârif-dêriiière lettre est un Id, on y verrait volontiers une altération de KD^ûtD

UNE AMULETTE JUDEO-ARAMEENNE. 17

Matitha « lobscur » , mot d une coupe au British Mu- séum [Proceedings y p. i5 et 18).

Ligne 26. — Le premier mot, n'?3'?î>c, est peut- être un synonyme du précédent.

Entre les lignes 27 et -28 sont figurées 10 pla- nètes, dont les trois premières, bien plus grosses que les autres, sont dessinées probablement pour re- présenter le soleil , la lune et la terre presque égaux, comme on les supposait avant les théories astrono- miques de Galilée.

vu. 2

laraiiinH lAnoniui.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 19

UNE VERSION NOUVELLE

DE

LA BRHATKATHÂ DE GUiyÂDHYA,

PAR

M. FÉLIX LACÔTE.

I

La découverte d'un texte anonyme, jusqu'ici in- connu , contenant la première partie d'une troisième version de la Brhatkathâ , tout à fait différente du Kathâsaritsâgara de Somadeva et de la Brhatkathâ- manjarï de Ksemendra, jette un jour nouveau sur l'œuvre de Gunâdhya et permet de reprendre par le pied les questions qui la concernent. Je me pro- pose de publier prochainement ce texte , avec une traduction , et de le faire précéder d'une étude d'en- semble sur l'origine et la composition de la Brhat- kathâ, les rapports des trois versions entre elles et le cycle de la Brhatkathâ dans îa littérature in- dienne.

La célébrité de cet ouvrage , attestée tant par la difl'usion de la légende de Gunâdhya que par les emprunts qu'y ont faits le théâtre et le roman et les nombreuses allusions aux aventures de ses héros

20 JANVIER-FEVRIER 1906.

qu'on trouve dans les textes les plus divers, notam- ment dans la littérature bouddhicjue, en rend éton- nante et fort regrettable la disparition. De source moins aristocratique que les grandes épopées, de forme moins savante que les kâvyas , la Brhatkathâ devait probablement sa renommée à une heureuse association de folklore naïf et de raffinenient litté- raire , aux mêmes qualités qui ont fait le succès du Kathâsaritsâgara ; festime où font tenue des lettrés comme Subandhu, Ksemendra, Somadeva, nous garantit qu elle n'était pas complètement exempte de rhétorique; mais, somme toute, il semble bien quelle ait eu à se faire pardonner d'être écrite en langue paiçâci , de donner trop grande place à Ku- vera et aux Vidyâdharas, dont les dévots ne pa- raissent pas s'être recrutés dans une société très aristocratique, peut-être aussi de manquer de dis- tinction en admettant trop de détails de mœurs populaires. L'histoire de Gunâdhya semble inven- tée pour l'excuser d'avoir employé un prâkrit; je ne serais pas étonné que, tout en l'admirant, on l'ait taxé de quelque grossièreté et que les auteurs qui ont imité la Brhatkathâ aient voulu, en l'abrégeant, peut-être, on le verra, en la remaniant, lui rendre le service de la décrasser de sa roture. On s'étonne moins alors que Gunâdhya soit resté un grand nom , mais que son œuvre ait été supplantée par des re- maniements.

Notre nouveau texte montrera, je l'espère, que je n'avance là aucune hypothèse gratuite. Le pré-

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 21

sent article ne doit être regardé que comme Tamorce d une étude complète.

II

MANUSCRITS.

L'existence de cette nouvelle version est connue depuis 1893, année où Mahâmahopâdhyâya Hara Prasàd Shâstri la signalait^ dans un lot de vieux manuscrits népalais acquis par TAsiatic Society of Bengal. Un manuscrit non daté, et disait-il, vrai- semblablement fort ancien, contenait une portion d'un texte inconnu , mais qui portait , au colophon de certains sargas, le titre significatif de Brhatkathâ- çlokasamgraha. Il ajoutait que cet ouvrage devait être dune étendue considérable, car le premier adhyàya seul renfermait plus de 4i,2 0o çlokas et il évaluait la partie contenue dans le manuscrit au dixième du total ; il avait lu le premier sarga , qui traitait du roi Gopàla renonçant au monde parce que ses sujets Taccusent injustement de parricide, et abdiquant en faveur de son frère Pâlaka , malgré les remontrances des brahmanes; cette histoire ne se trouve ni dans Somadeva , ni dans Ksemendra. A la suite de ces indications, Hara Prasâd donnait les colophons des 26 sargas contenus dans son manu- scrit : on y lisait des noms propres dont plusieurs, contrairement à ce qu'il croyait, se retrouvent dans le Kathâsaritsàgara et dans la Brhatkathâmanjarï.

' J.Â.S.o/B., LXII(i893)J,n» 3.

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En 1898, M. Sylvain Lévi rapportait du Népâi un autre manuscrit du Brhatkathâçlokasamgraha , non daté , renfermant les sargas 1 à 1 o du premier adhyâya, et le signalait dans un rapport à l'Acadé- mie des Inscriptions et Belles-lettres ^

On peut espérer que la fin n'est pas irrémédia- blement perdue; des trouvailles sont encore possibles au Népal : la Brhatkathà y fut célèbre, comme le montre Texistence d'une légende locale de Gunâ- dhya dans le Nepâlamàhâtmya ^; et elle y a été connue sous différentes versions : tout récemment ou y signalait une copie ancienne de la Brhatkathâ- manjari^.

Les deux manuscrits existants ont été à ma dis- position; mais c'est sur celui de M. S. Lévi qu'a été fondé d'abord mon travail. H avait bien voulu me le confier, quelque temps après son retour du Népal , et je ne saurais assez lui témoigner ma gratitude, tant pour le long crédit qu'il m'a fait que pour les con- seils qu'il n'a cessé de me prodiguer avec le plus généreux dévouement. Je n'avais aucun espoir de pouvoir utiliser celui de l'Asiatic Sociely of Bengal, lorsque, récemment, j'ai obtenu de cette société qu'elle en consentît le prêt à la Bibliothèque de l'Université de Paris. Ma publication s'en trouve un peu retardée, mais cet inconvénient sera plus que -compensé par l'amélioration de mon texte. Qu'il me

^ Comptes rendus, séance du 27 janvier 1899. * S. LÉVI, Le Népal, I , p. ^87 et suiv. ^ Communication de M. S. Lévi.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 23

soit permis de remercier ici TAsiatic Society of Ben- gal de sa générosité et de reporter tout le mérite de cette négociation sur M. E. Senart et M. S. Lévi , sans Tentremise desquels elle n*auraifc sans doute pas abouti.

AGE DES MANUSCRITS.

Les deux manuscrits, sur feuilles de palmier, d'une belle écriture ancienne , appartiennent au type bien connu des manuscrits népalais du \if siècle. Il serait diflficile d'affirmer, daprès le seul caractère paléographique, lequel est le plus ancien. Cepen- dant l'écriture du ms. de l'Asiatic Society of Bengal semble plus archaïque.

Elle est fort nette, rigoureusement verticale et ressemble beaucouj) en somme à celle du ms. de Cambridge n° 1686 {Bendall, Catalogue, PI. Il, 3), 1 165 A. D.; pourtant l'aspect général plus carré et le trait oblique, de gauche à droite, finement tracé , qui orne souvent , quoique irrégulièrement , la partie inférieure des hampes, rappelleraient un peu les manuscrits bengalis de la même époque, si le som- met des lettres ne portait le crochet qui dénonce la main népalaise. Je n'y relève rien qui se rapproche nettement du type gupta , comme le dit Hara Prasâd. Les caractères ont presque tous leurs similaires par- faits dans les mss. de Cambridge n°* 1686; 1691, Q et 1699, 1-2, qui sont respectivement de 1 i65, 1 1 79 et 1 1 98 A. D. Mais il est certain que quelques- uns présentent un type assez archaïque : le pha ,

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le dha dont la boucle fait un angle très accusé h gauche, surtout le dlia à la boucle très longue, étroite avec un léger renflement à la base, fort semblable à celui du ms. de Cambridge n" 86() [Bûhler, M. Pal T. VI), 1008 A.D. , et le ça qui se confondrait avec le sa, si la partie gauche était toujours jointe à la hampe par un trait horizontal et si elle ne faisait en haut un petit crochet rentrant. En dépit de ces indires, la consen^ation de types archaïques à côté d(> types ])lus modernes est si fréquente dans les manuscrits du Népal que je ne saurais suivre Uara Prasad et admettre Thypothèse que ce manuscrit est antérieur au xii'' siècle et à Tépoque même où écrivait Somadeva.

Le manuscrit de M. S. Lévi , d une écriture qui est belle, mais un peu plus fine et moins régu- lière, ressemble assez au ms. de Cambridge n" 1691 [Bendall, Cat, PI. HT, 1); c'est un bon spécimen d'écriture népalaise du type du xn" siècle. Il ne présente pas, comme l'autre, de traces d'ar- chaïsme; au contraire il a certains types qui se rap- prochent des modernes : le tha est largement omert par le haut; le dha, le ija, le 11a en ligature [iika), le lia en ligature {nca) sous sa forme la plus fréquente, le ça sont pareils aux caractères corres- pondants dans le ms. du Brit. Mus. n" 1/489 {Bûh- ler, L P., T. VI), 1286 A.D.

Sans attribuer à ces indices une valeur décisive, il serait permis d'accorder au manuscrit de Calcutta une antériorité d'au moins un siècle. Cela ne permet

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A première vue on juge que A et B ont été copiés sur le même archétype, mais B avec plus de soin.

Il faut aller plus loin et dire que A est une copie de B. Les particularités orthographiques de B, la forme quil donne à certaines lettres (notamment ^, f et dh), enfin ses malformations accidentelles de caractères se traduisent dans A par des fautes dues à des erreurs de lecture. Quelques exemples :

B écrit le plus souvent par fannsvâra toute na- sale devant consonne; soit I, ix, 3o drcyamtam ; A garde lanusvâra sur -c^a- tout en rétablissant un groupe -nia- : drçyainntam.

B écrit quelquefois 1 anusvâra par un trait oblique muni d une boucle à gauche , au-dessous d un cercle (cf. Bàhler, /. P. T. VI, i5 x); A lit un visarga.

Le dh de B ressemble beapcoup à p ou j (voir supra) : 1, 1 , 87 dharam B, puram A; en revanche, A croit lire dh là où il y a j ; I, iv, 1 28 palâyitah B, /)a- Iddhitah A.

A cause du petit trait oblique qui orne souvent la partie inférieure des lettres , A lit un jf quelque- fois s : I, ïv, io4 jaciannâlha B, jasannâtha A; — quelquefois m : I, v, 34 bhujageçvara B, bhujameçvara A. En revanche il lui arrive de lire (j là où il y a 5 : I, v, 100 gatâsati B, gatàgati A. — D autres fois, A confond ce petit trait avec un a, lorsqu'il est plus épais que d'habitude ; I, iv, i 25 rosa B, rasa A.

Le V dans B porte souvent un petit trait oblique

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 27

à gauche en haut de la boucle ; A le lit dh parce que c'est ainsi qu il a Thabitude de figurer cette lettre : I,v, 1^7 vïnâh, dhlnâA.

Ces erreurs, qui sont fort nombreuses, peuvent s'expliquer dans fhypothèse où A serait la copie du même archétype que B; beaucoup d'autres ne le peuvent pas , car elles sont dues à des malformations purement accidentelles dans B; le copiste de A a fait les fautes que nous pourrions faire nous-mêmes dans ime lecture superficielle de B. Quelques exemples parmi beaucoup :

B dra mal formé, A a : I, vni, 5 B cancadrakta- , A caiica

ukta,

B tra mal formé, A <« : I, v, 267 B trastam, A tustam, B ntra mal formé, A /im ; I, v, 264 B yantra, Ayanu, B no mal formé, A ma : I^ v, 282 B nodyanam^ A ma-

dyanam,

B fiu mal formé, AnçZi.'I, v, io4 B venabhil).^A veri^ibhih, B casvi mol formé, A ramvi : I, v, 2 10 B nacamdyanti, A

naram vidyantî.

Deux exemples typiques : I, iv, 126 B dpftvây A drsivâm; or dans B drstvd est placé au-dessous du mot likhan de la ligne précédente; le virâma de n se trouve juste au-dessus de IVî de drsivd; ce virâma étant figuré par un point très apparent accompagné d'im trait peu visible, A l'a pris pour un anusvâra se rapportant à l'a. — Le çloka I, vu, 26 est suivi dans A d'un çloka évidemment mal placé; le sens indique qu'il faut le faire remonter de deux rangs (ià); or dans B, ce çloka 2^, d'abord oublié par le copiste.

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a été ajouté par lui ou un reviseur contemporain (récriture est la même) dans la marge, et il est suivi du chiflre 2 , ce qui signifie qu il est à intercaler dans la deuxième ligne de la page, c est-à-dire après 23; mais, dans le texte, le signe de renvoi a été placé par inadvertance dans la troisième ligne, après le çloka 26; A reproduit fidèlement cette erreur; il est difficile de trouver un meilleur indice que A est une copie de B.

S'il en fallait un surcroît de preuve , il nous serait fourni par la présence dans B , à partir de la feuille g (correspondant à A 1 1), de petits traits verticaux, d'ime encre très ancienne, au-dessus et au-dessous des lignes, qui con^espondent exactement à toutes les fins de page de A; le copiste de A marquait ainsi , avant de tourner sa feuille ou d en prendre une nou- velle , le point de son modèle où il en restait.

Après ces constatations, ne faut-il pas laisser A complètement de côté, sauf pour combler les la- cunes de B, dont la première feuille est perdue, dont quelques autres feuilles sont noircies , rongées , en partie illisibles.^ Ce serait imprudent. Il semble que pour les feuilles 1-11^ (B 2-g) et à partir de la feuille 5 G environ, le scribe ait consulté, quoique très accessoirement, un second modèle. On note quelques divergences, minimes il est vrai, et qui peuvent être, à la rigueur, des conjectures person- nelles au scribe et généralement peu heureuses,

* Voir la notel, 1, 29.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 29

dans des passages corrompus , mais qui peuvent aussi provenir d une autre source. Je me suis donc décidé à donner toutes les leçons de A , aussi bien que de B, et même, mais tout à fait exceptionnellement, à suivre A contre B.

Somme toute, le texte de B ne serait pas encore excellent, s'il n avait bénéficié du travail d'au moins deux reviseurs. Je désigne le premier par B^. Il était en possession dun bon manuscrit, car il a corrigé beaucoup d erreurs de B' dune manière très heu- reuse; son écriture est ancienne, de type népalais, à peu près pareille à celle de B ^ ; mais cette revision est cependant postérieure à la copie A, car A coïn- cide avec BS non avec B^. Le ou plutôt les seconds reviseurs sont plus modernes; je ne saurais dire s'ils avaient devant eux d'autres manuscrits ou si ce sont des lecteurs qui ont procédé par conjecture; leurs corrections m'ont paru sujettes à caution; il est im- possible de distinguer toutes les mains; il est visible que le manuscrit a beaucoup servi.

En résumé je me représente ainsi la relation de nos diverses sources :

Archétype (en écriture gupta^)

W-

^ Pour ne pas surcharger cet article , j'exposerai ailleurs pour- quoi j'estime que Tarchétype de B était da type gupta*

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III

CONTENU DU BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA.

Le sujet du poème , annoncé au début du A* sarga , après les 3 sargas d'introduction, est Thistoire de Naravâhanadatta , fils d'Udayana, empereur des Vi- dyàdharas. C'est en somme le même que le sujet principal du Kathàsaritsâgara et de la Brhatkathâ- mafijarî. Mais la disposition des matières et, en grande partie, les matières mêmes sont tout autres. Il ne s'agit plus ici de légères différences dans Tordre des livres, comme celles qu'on remarque entre le K. S. S et la B. K. M. qui, en dépit de leurs diver- gences, laissent aisément transparaître l'original commun. Nous avons affaire à un poème com- plètement différent; s'il a le même ancêtre que les deux autres, comme il me parait certain, -sa parenté avec eux ne peut s'exprimer que par un nombre considérable de degrés.

Il est beaucoup plus long : si toutes les parties ont le même développement que celle qui nous est restée, l'évaluation de Hara Prasad^ me paraît juste. Naravâbanadatta annonce qu'il va raconter l'histoire de ses vingt-six mariages et de la conquête de son empire; or nous ne possédons guère que la sixième partie de la première moitié ; le total ne devait pas comprendre moins de 5o,ooo dokas.

* Voir supra p. ai.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 31

li est beaucoup plus simple. Autant qu'on peut fonder un jugement d'ensemble sur un court frag- ment, il ne se compose pas d'une collection de contes variés. Dans le K. S. S. et Ja B. K. M. , l'histoire prin- cipale n'est qu'un fil ténu — souvent négligeable, destiné à lier tant bien que mal des collections dis- parates. Celles-ci n'ont le plus souvent qu'im rapport fort lointain avec leur cadre, quelquefois aucun : « Dis-nous qui te fit prendre patience quand Mâna- savega eut enlevé la reine Madanamaiicukâ, et com- ment il fit pour te distraire. — C'est Gomukha; . . .il me raconta l'histoire suivante ^ v Ci, un livre de contes qui n'avaient rien à faire avec le sujet. C'est d'une manière aussi dénuée d'artifice que sont introduits le Pancatantra, la Vetàlapancavimça- tikâ , etc . . . Le roman de Naravàhanadatta est noyé dans des flots de hors-d'œuvre; Somadeva a bien choisi son titre en appelant son poème un « océan » ; les « rivières » de sources les plus diverses y apportent leur tribut, mais dans cette masse prodigieuse il ne faut pas chercher d'autre unité que le goût et l'art du conteur.

Tout autre est le Brhatkathâçlokasamgraha : le souci de l'ordre et de la composition y est évident; le sujet y est exactement limité; sans doute les héros y écoutent des histoires, mais ce sont contes, sinon brefs, du moins étroitement liés à l'action et mieux fondus dans le récit. On ne risque guère d'oublier

» K. S. S., XVII, I, 6... i6.

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le sujet essentiel, car ce sont les aventures propres des héros qui sont le plus développées. Défalquez du K. S. S. tous les hors-d'œuvre , y compris la légende de Gunâdhya et les livres II-III , qui sont une manière d'Udayanacarita, aisément détachable, il restera un squelette qui, assemblé autrement et mieux, plus complet et plus cohérent, est le bâti de notre poème.

Cela ne veut pas dire que tout conte accessoire en soit absent; mais, outre quiis sont mieux amenés, ils ne sont pas pris de toutes mains; on aura le plaisir den lire d'originaux, empreints dune forte saveur populaire, abondants en détails de vie cou- rante. Au risque d'étendre imprudemment à l'ouvrage entier un jugement fondé sur une si faible portion , je dirai que ce goût pour les realia me paraît être la marque distinctive de cette Brhatkathà.

Elle a une forte couleur locale ; plus que le K. S. S. et la B. K. M., elle porte la marque de cette région de Kauçâmbi et du Pratisthâna où la tradition fait vivre Gunâdhya : Kauçâmbi, ses environs, ses jar- dins et ses fêtes sont familiers à l'auteur : non content d'en savoir les légendes , il connaît les lieux : la porte de Bhadravati * ; le square « des-peaux-d'antilopes » et son bassin aménagé pour les jeux où, sous l'œil effaré des gardiens , le jeune Udayana tombé du ciel joua à la padmabhanjikâ^ ; ce « Bois-des-serpents , qui

^ I, V, 324.

2 I, V, i56. — Cf. kâç. ad Pàiiini, ii, 2 , 17; lu, 3, 109; vi. 2 , 74 : padniabhanjikâ est à ajouter à la série uddâlakapiispabhan.' jikà, çâlablianjikâ, tâlablianjikâ : ce sont des noms de jeux chez les

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 33

ferait honte au paradis », où se dérouie la belle yàtrà qui donnera à Naravâhanadatta adolescent sa pre- mière occasion de connaître le monde et les ma- nières galantes; l'auteur note les distances et décrit l'itinéraire : la grand'rue, la route, la Yamunâ qu'on traverse en bac, le temple, la forêt, et^ sur le bord de la rivière, les bancs de sable déserts où les jeunes gens cherchent, pour les interpréter malicieusement , les traces de pas laissés par les coureurs de bonnes fortunes ^ Si l'histoire est fantastique, le cadre a quelque réalité.

La langue est simple , généralement tout unie et quelquefois un peu plate, mais en somme de très bonne qualité, maniée par un auteur qui en sait les ressources; il a peu le goût des artifices et ne cherche pas à faire montre de virtuosité; de temps à autre, il se permet une petite description im peu maniérée , juste ce qu'il faut pour donner à l'œuvre une allure littéraire; puis vite le récit reprend : « Foin de l'oc- casion de vous faire désirer mon histoire ! Si je vou- lais achever la description , jamais le conte ne serait conté 2 ! »

En somme l'ouvrage est estimable et se lira sans ennui. Est-il un portrait plus fidèle de la Brhatkathâ

peuples de l'Est [prâcàni kridàyàm P. vi, a , 74). On trouvera dans le Brhatkathâçlokasamgraha un assez grand nombre de mots qui n*étaient jusqu'ici attestés que par les scholiastes de Pâniui ou hê leiicographes , et plus d'une fois on notera la sûreté d'information de Pânini.

^ I, vm.

* I, IV, i5. . . 17.

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de Gunâdhya que le Kàthàsaritsâgara et la Brhatka- thâmanjarî? Je m'expliquerai ultérieurement sur cette question. Mais il est dès maintenant certain qu'il devient une pièce essentielle dans le procès de la Brhatkathâ. L'étude de sa composition , comparée avec celle du K. S. S. et de la B. K. M. , fera appa- raître dans ces deux versions de graves étrangetés qui en décèlent à mes yeux Torigine composite. Je ne m'inscris pas en faux contre les affirmations de Somadeva et j'admets ja fidélité dont il se targue; mais je pense qu'il travaillait sur un Gunâdhya déjà transformé , quoique encore rédigé en paiçâcî , à la fois réduit et amplifié, amputé dune grande partie de son texte primitif et augmenté dune masse de hors-d'œuvre, devenu le réceptacle de tout ce qu'on connaissait de contes célèbres. Les mœurs littéraires de l'Inde ne s'opposent nullement à ce qu'on ait con- tinué d'inscrire le nom de Gunâdhya sur une com* pilation postérieure, souvent remaniée peut-être, mais dont son œuvre formait toujours le cadre.

IV

Je donne ci-dessouç le texte et la traduction du premier sarga; il n'est pas le meilleur, mais je n'au- rais pu en donner un autre qu'en le faisant précé- der d'une analyse détaillée qui serait sans utilité, en raison de la publication prochaine de l'ensemble. Sont en italique toutes les syllabes restituées ou cor- rigées par conjecture.

UNE VERSION NOUVELLE DE LÀ BRHATKÂTHÂ. 35 BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA.

I

OUI namo Vighnântakâya || mahàkhâtâ mahâsâlà pury asly Ujjayanîti yâ | mahâmbodhimahàçailamekhaleva mahâmahï || 1 1| prâsâdâd yatra paçyantah samtatâfi haimarà/atân | merukailàsakûtebhyah sprhayanti na nâgaràh II 2 II vedamaurvivipa^mâm dhvanayah pratimandiram j yatra samnipatanto pi na bâdhante parasparam || 3 II krtam var^anayâ tasyâ yasyâm satatam âsate j mabàkâiaprabhrtayàs tyaktvâ çivapuram ganàl> i 4 II tasyâm àsin Mabâseno mahâsenah ksitïçvarah | yasya devïsahasrâni sodaça çrïpater iva || 5 II ciram pâlayatas tasya prajâ^ çâstroktakârina^i I Pàlako Gopâlaç ceti sutau jâtau gunâmbudhï || 6 II

La première feuille étant perdue^ B commence à 13,,.

prâmçor. namah A. — 2. prâsâdât A. — santatânahai-

marâjyatân A. — 3. vipancândvaaayah A. — 4. satanam A. — 6. kârinali | gopsdaç A.

1-4. La description d'Ujjayinî ressemble assez à celle qui se trouve dans K,S.S, VI, i, i35-i37.

1. Ujjayanï : cf. Gan, ia4, 43 ad Pâiu IV, 2, 127 et 206, 16 cd Pàn. IV, a, 8a (Ujjayinî Kâcikâ).

Mahâ° : cf. purîin . . . sumahâçâlamekhalâ B. Gorr. 1 , 5 , 12 (mahatîm sâlamekhalàm éd, Bombay).

2. HaimarâjaUn : je sous^eutends kûtân.

4. iCrtam varnanayâ : cf. krtam girà (= vamanayâ Mali,) Ra^h, XI. 4i.'

3.

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brhaspatisa/naç càsya mantrî Bharatarohakah | Rohantakah Surohaç ca tasyâstàm tatsamao sutau II 7 1 narendramantriputrânàm caturvidyârthavedinâm | prayogesu ca daksânàm yânti sma divasàh sukham

11811" atha gàm pâlayâm âsa Gopâlah pitrpâlitàm | Pâlako pi yaviyastvâd yauvarâjyam apâlaya^ || 9 II mantripu/rau tu mantrilvam atha bhûmir naveçvarâ | navamantrikrtâraksâ jâyate sma punar navâ II 10 || gajarâjam atho râjâ dânarâjivirâjitam | adhisthâya jagatsâram nirjagâma bahih purah II 1 1 tl taddarçanâçayâ yâtam anekam nrkadambakam | bibhyad vyâdâd gajàt tasmâd itaç cetaç ca vidru-

tam II 12 \\

kanyakânyatamâ tatra gi hyamânâtha hastinà j prâmfttprâkâratah pràmçor agamyâm parikhàm

agàtlIlSIl khâtapâtavyathâjâtasamjnânâ sa ksanam tatah | tatasthâ hastiprsthasthain sàbhâsata rusa nrpam II 1 4 II avadhyam avadhir yas tvain pitaram tasya kim

maya | adhïtavedam yo hariti bràhmanain tasya ke

mrgâhiri5||

7. samâç A; tatsamo A. — 9. apâlayata A. — 10. pu- tro A. — 13. prâiiisu A; agît A. — 15. veda A.

II. Jagatsâram : je conserve cette expression bizarre en la rap- portant à gajarâjam ; mais je serais plus tente d y voir Tindication de l'endroit vers lequel se dirige le roi.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 37

iti kanyâvacah çrutvâ duhçravain çvapacair api i cittesu bhinnahrdayah praviveça niveçanam || 1 6 II adpravâhya Juhkhena dinaçesam samâsamam | janavâdopalambhâya pradose niryayau grhât II 1 7 II kâlakambalasamvîtah sâsicarniâsiputrikah | samantâgadasamnâhah samcacàra çanaih ^anaih || 1 8 II atha çuçrâva kasmimç cid devatâyatane dhvanim | abhisârikayâ sârdham bhàsamânasya kâminah II 1 9 || hatam mustibhir âkàçam tusânâm kandanam krtam | maya yena tvayâ sârdbam baddhâ prilir abuddhi-

nâ II 2011 iyam etâvatï velâ khidyamânena yâpitâ j maya tvam tu grhâd eva na niryàsi pativratâ II 2 1 |i kaumârah subhago bhartà yadi nâma tava priyah j khaiïkrtaih kim asmàbhir vrtheva kulaputra-

kaih||22||

16. çcapacer A; pariveça A. — 17. vâhyacaduhkhena.

— 18. sanaih. — 19. kasmimddevatâ- B*; devatàyane A.

— 22. khalîkrteh A; putraitrakaih B.

16. Çvapacair : ia construction de duhçravam avec un instru- naental n*a rien de plus extraordinaire que celle de dusprâpam; cf. çrngam çrïman mahac caiva dusprâpam çakunair api R, Gorr, VI, i5, 2i; et la même construction avec dustara- (prâkrtaih) fl. Gorr. V, 86, .5.

18. Samantâgadasamnâhah : ie sens adopté est le plus vraisem- blable; cependant on pourrait songer pour agada au sens de «simples» en se référant aux détails donnés infra I, ix, 63 sq,, sur les simples qui doivent faire partie de l'équipement; ce sens de agada se justifierait par Manu VII, 218 : visaghnair agadaic (=ausadhaih KulL) câsya sarvadravyâiii yojayet.

20. Baddhâ prïtir : cf. na babandha ratim kva cit jr.5.5. 1, 3 , 29.

22. Khaiïkrtaih : cf. kuttanyâ prasahya sa khalîkrtah K,S*S, I, 12 , 106. — khalîkâra ibidem 176, infra I, 11, 66 eiP.fF. s. u.

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evamâdi tatah çrutvâ sa pragalbhàbhisârikâ | vihadya vitam âha sma tvâdrçâ hi hatatrapàh II 23 || na nu citCani mayârâdhyam tasyàpi bhavatah krte | na hi bhàrtfn aviçvàsya ramante kidatà vîtaih II 24 1| atha nirmafoikam bhadra madhu pâtum manora-

thah I jahi ghàtaya vâtam mepatim nity^âpramâdinam II 25 II

atha pâpâd asi trastah sphutam nâham tava priyâ | na nu durvârarâgândhah sutâm yâti Prajâpatih II 26 II atha vâiam vicàrena Gopâ/am kim na paçyasi | yena râjyasukhândhena prajâpâlah pitâ hatah II 27 II suduhçravam idam çrutvâ Gopâlo duryacam vacah | gacchann anyatra çuçrâva dhvanim viprasya jalpa-

tah II 28 II ayi brâhmani jâgam nandini krandate çiçu^ | tvaritam dayite dehi stanyam kantho 'sya ma çu-

sat II 29 II

23. pralbhâbhisârikâ A prâgalbhâ- B. — trayâh A. — 24. krto B; bhartftaviçvâsya A. — 25. nirmâksakatn A nirmâ. . B [déchirure); jahi. . . trastah lacune dans B [dé- chirure); nitya- A. — 26. pâpad A. — 27. atha . . . kin lacune dans B [déchirure); gopâla A. — 28. prajâpâla. . . midam lacune dans B [déchirure); golo A; gacchanta- A; su- cra va B. . — 29. ayibrâ. . .ndate lacune dans B [déchirure); jàgarthi A; çiçutadehistanyankanthosyamàsusat (tadehi- stanya sur un grattage; les 3 premiers caractères grattés impar-

25. Nityâpramâdinam : j*ai hasardé la correction, le texte n'étant donné ici que par A; nitya- pourrait se défendre : «(Il est facile de le tuer car) il n*est jamais sur ses gardes.»

25-26. Atha=yadi : cf. fl. II, 6o, 3.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 30

iti çrutvâ giram bhartur vinidrâ brâhmanï sutani | pitrghàtin mriyasveti nirdayam nirabhartsayat || 30 II âh pape kim asambaddham pitrghâtinn iti tvayâ | bàlo yam ukta ity enâm brâhmanah kupito 'bra-

vit II 31.11 kim âryaputra putrena yadâ râjnàpitâ hatah | çrutismrtividety etad uvâca brâhmanï patim II 32 || çnitvaîvamâdi kauhnam pravijrj'ânto/ipuram nrpah | anaya^ ksanadâçesam asanimîlitalocanah || 33 II atha gâdhândhakârâyâm velâyàm mantrinau rahah j aprcchat ko yam asmâsu pravâdah kathyatàm

iti II 34 II tatas tàv ûcatU5 irastau samtrâsam nrpacoditau | kaulïnahetuçrutaye cittani tavâvadhîyatâm II 35 II

faitement paraissent être tvaritam) A çiçutedehistanyankan- thosyamâçusat B; en haut de la page, B^ a ajouté des carac- tères dont les 2 premiers sont entiers, tvari (à la rigueur tva- ma), le 3' affleure une déchirure mais se lit suffisamment, tam; les suivants ont disparu dans la déchirure, mais il reste encore rextrême bord inférieur de 3 caractères dont le premier parait être da ; dans le texte il semble y avoir un signe de renvoi après çiçu et après stanya (? la feuille est noircie); A semble avoir hésité entre B\ évidemment incomplet, et un autre modèle ou le pada, peut-être incorrect, commençait par tvaritaip, puis s'être décidé pour B^ — 30. mriyaçceti A; nirabhatsayat A nir- bhartsayat B nirarbhartsayat B*. — 32. itismrti A. — 33. praviçyatihpuram; anayata. — 35. ûcatutrastau.

35* Samtrâse nrpacoditau : pour la construction, cf. Whitney, S. G.. i3i*6.

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sugrhîtâbhidhânasya Pradyotasya pitus tava | âsann avyabhicârïny aristâny astaumumûrsatah li 36 il uddhârye dhavaie keçe pramâdât krsna uddhfte | uddhartâram mahîpàlah kartayâm âsa nâpitam || 37 il bhunjânena ca pâsâne daçanâgrena khandite | kuiakramâgato vrddhah sùpakâro/^ pramâpitah II 38 II prakrter viparîtatvam jânann apy evamâdibhih | prabho vidher Yidhevatvâd brâbmanân apy abâdha-

ta II 39 II bhartur idrçi vrttânte mantri tasyâvayoh pila | adrstabhartrvyasanah pûrvam evâgamad divam 1 40 fl çrutamantrivinâças tu sa râjâ râjayaksmanâ | guruçokasahâyena sahasaivâbhyabhûyata II 41 |

36. tavah. — 38. kâram.

36. Pradyota désigne Mahâsena; de même injra I, n, 49; dans le K,S,S. et la B.K.M., le nom de Pradyota est réservé aa roi da Magadha, père de Padmâvatï.

Sugrhîtâbhidhânasya : comme sugrhîtauâman ; formuie de res- pect employée le plus souvent pour mentionner un ancêtre décédé; elle implique bénédiction pour le mort et les vivants. V. S. Lévi, J. As», 1902 , 1, p. 100 sq., et Ind, Ant, 1904 (XXXUI) , p. i63 sq.

Aristâny astau : je traduis huit et non les huit car je n^ai trouvé nulle part qu*ils soient réduits à ce nombre.

36 sq. : les traits de férocité attribués à Mahâsena, et ceox qui seront rapportés infra f , 11 , justiOent le surnom de canda- qa*il porte sans qu*on nous dise pourquoi, constamment dans le K.S.S. et souvent dans la B, K, M..

37. Kartayâm âsa : inconnu en ce sens réservé à anu- et ava- kart-.

39. Viparîtatvam = viparitatâ «le fait (pour ses sujets prakrtch) de lui devenir hostiles».

41. La mort de Mahâsena est mentionnée, K,S,S, XVI, 1, 55- 56 ; B, K. M. XVIII, 3o-3 1 , dans le récit des faits qui ont précédé la

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHA. 41

tatas tâte divam yâte yâtukâme ca bhùpatau | prajàsu ca viraktâsu jâtau svah kimkriyâkulau II 42 || prâptakâlam idam çreya iti huddhvà prasâritam | kaulînam idam avâbhyâm saparyantesv Âvantisu || 43 II krodhabâdhitabodhatvâd bâdhamânam nijàh pra-

jàhi

bandhayâm âsa râjànam râjaputrah priyapra-

jah II 44 II çrnkhalàtan^acaranah svalantràd bhrairiçitah pa-

dât I sukhasya mahato dadhyau sa râjendro gajendra-

vat II 45 II cintàmusitanidratvâd âhâravirahena ca | sa ksapàh ksapayan ksinah samvatsaraçatâyatâh || 46 II pu^enaivainavastho pi prajâpriyacikïrsunâ | na mukta eva muktaç ca yâvat prânaih priyair

iti II 47 II nidânam idam etasya kaulînasya vigarhitam | itarad vâdhunâ devah prabhurity atha bhûpatih II 48 II

42. tâtreA. — 43. budhvâ. — 45. tatra; bhraçitah A. — 46. ksayâh A. — 47. putrainaivam ; cikïsunya A.

mort d'Udayana, sans aucune des circonstances rapportées ici. Dans K,S,S, et B.K.M.» Angâravatï meurt avec son mari; ici elle reste vivante, comme on le verra infra I, m.

46. Dadhyau î Sur le génitif avec dhyâ- cf. Speijer, 5.5. , 120 d, lai. Le génitif se trouve avec les verbes signifiant désirer, se sou- venir de, penser à [Pân, If, 3, 82); cette construction est déve- loppée en védique; Speijer doute — à tort d*après le présent exemple — qu'il en existe en classique des exemples avec d'autres verbes que smar-.

42 JANVIER-FÉVRIER 1906.

adhomukba^ ksanam sthitvâ talâbataniahltaiah | drstvâ ca sâsram âkàçam anàtha idam abravït II 49 II tuîyau Çukrabrhaspatyor yuvâm muktvâ suhrtta-

ttiauj anapâyam upâyam kah prayunjîtaitam îdrçam || 50 || kim tu sa^^vavatâm esa çankâçûnyadhiyâm kra-

mahl drstâdrstabhayagrastacetasâm na tu mâdrçâm II 51 II tasmât pâlayatam bhadrau Pàlakam pâlakam bhu-

vab I idam tv alîkakaulînam açakto 'bam upeksitum || 52 || tasyaivarn bhâsamânasya vridàdhomukhamantrinah | kûjafi prakâ^ayâm âsa ksînâm tâmraçikbah ksa-

pâm II 53 II atba çuçruvire vâcah sûtamâgadhabandinâm | yaçodhavalitânantadigantodbudbyatâm iti II 54 II dînadînani tad âkarnya karnaradânam apriyani | pidhâya pârthivah karnàv uttamângam akampa-

yat||55|| sa càvocat pratîbârim nirvâryantâiii amï marna | ksate ksàrâvasekena kim pbalam bbavatâm ili || 56 || âsïc câsyàtha va dhin màm evam.âtmâpavâdinam | na nu praçasyaui âtmânam nâham arhâmi nindi-

lum II 57 II

49. mukha. — 51. satvavatâm. — 52. pâlayanam A. — 53. kûjana (jana sur un grattage A); tâmraçicah A. — 57. ahâmi A.

53. Tàmraçikhah (mot nouveau) =« tâmracikbin attesté unique- ment par Jatâdhara.

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 4»

niryantranavihâre na cirajîvini râjani | ràjaputrena laditam kenânyena yathâ maya II 58 II samucchinnadurucchedabâhyâbhyantaravairinâ | varnâframâh svadharmebhyah kim va vicaiitâ ma- ya II 59 II* avantîvardhanasamo nijâhâryagunâkarah | putrah pumnarakât Iràlâ kasyânyasya yathâ ma- rna || 60 1| atlta vàstâm idam sarvam ekenaivâsmi vardhitah | Naravâhanadevena jâmâtrâ cakravartinâ || 61 II eka eva tu me nâsïd gunah so 'py ayam âgatah | prasàdâTi mantrivrsayor yat tapovanasevanam || 62 II iti niskampasamkalpaç codayâm âsa mantnnau | sasimhftsanam âstbânam mandape dîyatâm iti || 63 II tayos tu gatayoh keçàn vâpayitvà savalkalah | kamandalusanâthaç oa bhûpâ/o niryayau grhàt II 64 ||

58. jïvina A. — 59. varnnâsramâh ; kivâ A. — 62. pra- sâdâta; vrçayo. — 64. gatayo; bhûpâlau.

58. Laditam : lad Dhàtupâtha I, 38i iada vilâse; laditam = la- litam Mahâvyutpatti.

60. Nijâhâryagunâkarah : la platitude et la composition étrange de cette expression me suggèrent des doutes sur la pureté du texte ou sur le sens que je me suis vu contraint d*adopter; il semble qu'il y ait un jeu de mots sur gnna.

61. La seule allusion que j*aie jusqu'ici rencontrée à ce fait se trouve infra I, ni, 107 : Naravàhanadatta , le cakravartin, avec ses femmes , salue les rsis et « son beau-père » qui , dans la circonstance , ne peut être que Pâlaka; K,S.S. et B,K.M, sont muets sur ce point. C'est le seul passage de notre texte où le nom du cakravartin ioit Naravâhana (toujours Naravâhanadatti , comme dans K,S,S*: les deux formes alternent dans B.K,M.). On pourrait à la rigueur adm«ttre un autre sens: fj'ai été gratifié... par Naravâhana (=^Ktiverft) d^ati gendre qui ett eakrattrtiti »,

44 JANVIER-FEVRIER 1906.

visâdavipulâksena vaksoniksiptapâninâ { drçyaiïiâno* varodhena viveçàsthânamandapam || 65 || trâsamlânakapolena drstah prtliulacaksusâ | Pâlakenâbravî^ iam ca sthita eva sthitosthitim || 66 || prasâdât tàta tâtasya vatsarâjasya ca tvayâ | buddheh svasyâç ca çuddhâyâh kini nâma na pari-

ksitam II 67 II '

ato 'nuçâsitârani tvâm anuçâsati bâliçâh | yena loke ta ucyante viyâtâh pitrçiksakâh || 68 II etâvat tu maya vâcyam pitryam simhâsanam tvayâ | Varnâf ramaparitrârtham idam adhyâsyatâm iti II 69 II tac cdL\açyam anustheyam asmâkïnam vacas tvayâ | mâdrçâm hi na vâkyâni vimrsanti bhavâdrçâh II 70 II itîdam Pâlakah çrutvà sthitvâ câdhomukhah ksa-

nam | uttaram cintayâni âsa nâ5âgrâhitalocanah || 71 II

65. pâninâ A; drçyamânevirodhena A. — ^ 66. caksu- sâh A; pâlakenâbravïtanca; sthitam. — 67. prâsâdât AB* ; kînnâmena. — 68. lokena. — 69. etâvantu A etâvamtu B' -valu B*; vâcyaA; varnnâsrama. — 70. taccâvasyam ; nâçâ- grâhita.

67. Allusion au séjour d'Udayana (Vatsarâja) prisonnier à la cour de Mahâsena ; Taventure est assez connue.

69. Paritrâ : mot nouveau , d'ailleurs régulier.

70. Asmâkïnam : Pân. enseigne âsmâkîna- (IV, 3, i, 2); idem Vopadeva, 7, 22.

71. Nàsâgrâhitalocanah : nâçâ- pourrait s*entendre • désespoir», mais il n'y a aucun exemple d*un composa analogue avec -âgrâhita- ; la correction de cà en sa est insignifiante; outre que le sens obtenu va bien avec le contexte (Pâlaka est adhomukhab), Texpression se retrouve en d'autres passages de notre texte , sous la forme nâsâ- ;

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 45

krtakrtrimarosas tu râjâ Pâlakam abravît I bhoh simhâsanatn âroha kim tavottaracintayâ II 72 II kim cottaraçatenâpi t\rayâliam sopapattînâ | vegahprâvrsi Çopasya «araneneva durdharah II 73 II iti dvijâtayah çrutvâ purobitapurahsarâh | visâdagadgadagirah prasrjyâçru babbâsire II 74 II Pâlakas te niyojyatvâd âjnâin ma sma vicâraya^ | tvanniyogân niyoktârah kasmâd vayam udâsma-

he II 75 II dhriyamâne prajâpàle jyestbabhrâtari Pâlakah | inrgendrâsanam âroban khatvârûdho bhoven na *nu II 76 II

72. siiphâsanamahâroha A. — 73. conasya. — 74. pu- rahsarà A; prasrjyâsni B. — 75. âjnâ( jnâtp B) mâsmavi- càrayata. — 76. jyesta A; àrohana.

l'un d'entre eux est décisif : tûsnïmbhûtâ ksaiiam drstim nâsâgre niçcaiâm adhât (I, x, 120).

73. Vegah. . .çonasya : cf. çoua ivottaramgah , Ragh, VU, 56; laSone, quelquefois à sec pendant la sécheresse , roule jusqu'à 5o,ooo mètres cubes à la seconde pendant la saison des pluies.

76. Khatvârûdho : Ce mot n'était pas jusqu^ici attesté dans les textes ; le sens que lui donnent les dictionnaire» • qui se conduit in- congrûment » est trop vague. La traduction que j'ai adoptée m*est inspirée par Patan/o/i (ad Pân, II, 1, 26, khatvâ ksepe) : khatvâ- rûdho jâlmah | ksepa ity ucyate kah ksepo nâma adhîtya snâtvâ gurubhir anujnâtena khatvârodhavyâ | ya idânim ito 'nyathâ karoti sa ucyate khatvârûdho yam jâlmah | nâtivratavân iti. G*est le mau- vais élève qui trouve toujours qu'il est assez tard pour quitter le travail et aller se coucher, le contraire de l'élève zélé \f^ ce sera l'homme qui ignore les castras parce qu'il a été paresseux dans sa jeunesse; ù Pàlaka montait sur le trône, on le traiterait à juste titre de khatvàrûdha; il pécherait, non par ambition, puisqu'il ne tient pas au pouvoir, mais par ignorance. Il est superflu de

46 JANVIERFÉVRIER 1906.

râjyâgnim âdadhad vâpi tvayi varsaçatâyufî | parivettâram âtmânam ayam manyeta ninditatn II 77 H tasniàd asmân nivartasva samkalpâd atibhîsanât | çokajâny açruvârîni bhavan^v ânandajâni nah II 78 H baddhânjalir athovâca kimcinnamitakandharah | alamvahpïdayitvâ mâm vacobhîr iti pârthivah II 79 H mayàyam abhyanujnâlo raksane ca ksamah ksiteh | khatvârûdho nabhavitâ ninditah çaddavedibhih II 80 H asamarthe ca râjyâgne^ pâlane patite mayi | parivettâpi naivâyam bhavisyati narâdhipah II 8 1 II

77. çanâyusi A çatôyusi B. — 78 .bhavatvâ-. — 80. ma- yâyamabhya- sic B sur grattaye mayâmayabhyanujnâto A. — 81. râgne A râjyâgne B.

faire remarquer la saveur vulgaire de TexpreMioii ; le fait que Pânini lui consacre un sûtra montre combien est vivante la langue qu'il enseigne.

77. Râjyâgnim ici et 8i paraît avoir un sens purement symbo- lique; cependant il peut s'agir aussi du feu établi dans le hdl, devant le palais, où le roi, par la main du purohita accomplit las rites incombant à sa fonction et destinés à assurer le succès d'une campagne, a attirer la malecbance sur lennemi, ete. (cf. ApasL II, lo, a5, 4, 7*1 Gant. XI, 17).

80. Je traduis en ponctuant après bhavitâ. On pourrait traduire : < il ne sera pas blâmé comme étant un khatvàrâdha par les çabda- vedins*; mais, outre que ce serait plat, on serait embarrassé pour donner à çabdavedibbih un sens acceptable ( à moins qu'on y veuille voir « les gens habiles à imposer des sobriquets I » ) ; çabdavidyâ est la grammaire , un çabdavedin doit être un grammairien ; je ne crois pas trcp m aventurer en donnant ici au mot un sens défavorable «ceux qui jugent les choses d'après la lettre des castras»; I, vu, 76 on se moquera des «sots dont Tesprit est prisonnier de la lettre» (piistakavinyastagranthabaddhândhabuddhayah) qui ne sont que «de la fausse monnaie de conseillers» (kiitamantrinah).

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÀ. 47

yac câpi pihitâh karnâ àkarnya patiiadhvanim | prajâbhis tac ca na mrsâ maya hî nihatah pitâ II 82 || tad idani pâtakam krtvâ yusmatpîdâpraçântaye | pràyaçcittam vrajan kartum na nivâryo 'smi kena

cit II 83 II maya càtyakladharmena yal prajânâm krte krtam I tasya pratyupakârâya Pâlakah pàlyatâm ayam || 84 || itîdam prakriïr uktvâ Pâlakam punar abravït | Avantivardhanam putram matprîlyâ pâlayeriti II 85 II vilaksahasitam krtvâ Gopâlam Pâlako 'bravît | Avantivardhano râjâ râjan kasmân na jâyatâm II 86 II satsu bhrâtrsu bhûpâla gunavatsv api bhûbhujah || niksiptavantah çrùyante putresv eva gurum dhu-

ram||87ir * ' '

Gopâlas tam athovâca bhavisyati yuvâ yadâ | tvam ca vrddhas tadâ yuktam gvayam eva kari-

syasi || 88 II evam niruttarâh krtvâ prakrtis tàh sapâlakâh | sarvalîrthâmbiikalaçair abhyasincat sa Pâlakam || 89 II âropya cainâm tvaritam simhâsanam udanmukhah | nirjagâma puràt svasmâd ekaràtrosito yathâ || 90 II

82. nihitah A; pilâh. — 84. mayâcâtyakta AB" mayâ- tyakta B\ — 85. pâlayedibhih A pâlayediti B (c/*.!, ii, 89, oà les mêmes mots sont repris avec palayer iti). — 86. vitaksa A. — 87. param A. — 89. kalaçer A; asincansa A. — 90. tva- ritali B\

83. Yu^matpîjâ : Il 8*agit , je pense , des conséquences funestes qu'aurait pour le peuple la présence d*un roi criminel.

84. Atyaktadharmena . . . krtam == Texpiation qu'il s'impose » conformément aox castras (?).

48 JANVlEll-FÉVRIEK 1900.

atha râjani kànanâvrf^ puram âspanditalokaloca-

nâm I nibhrtapasitàmayadhvanim mrtakalpâm praviveça

PàlakahlIQlll

Bbrhakathâyâm çlokasamgrahe prathamah sar-

gahiini ' ■ • '

i

9 1 . kànanâvrtte ; âspandita AB" aspandita B^ ; svasità ; dans B , avant brhatkathâyâm , ^lne main postérieure a noté un renvoi et ajouté en marge 10 caractères qui ont été ensuite effacés in- complètement, mais restent illisibles.

91. Vrte : v^ — ; la correction est nécessaire pour rétablir le mètre (vaitâlîya).

BRHATKATHAÇLOKASAMGRAHA.

Oin! Hommage à Celui qui détruit les obstacles!

Livre Premier. I

PREMIER CHAPITRE DE LUNTRODUCTION.

(1-4) Il est une ville, Ujjayanï, ceinte de fossés immenses comme les mers, de murailles immenses comme les monts qui ceignent la Terre immense. Là, de leur terrasse contemplant les chaînes de

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÀ. 49

clochetons d'or et d'argent, les citadins n'ont pas à envier les pics du Meru et du Kailâsa. Védas , cordes d*arcs et luths s entendent dans chaque maison et, par leur assemblage, pourtant, ne se font pas tort mutuellement. Trêve à la description : c est là qu'en tout temps, à la suite de Mahàkâla, siègent les Ganas, ayant délaissé la ville de Çiva.

(5-10) C'est dans cette ville que vécut Mahâsena, puissant roi qui avait seize mille femmes, comme l'Epoux de Çn. Longtemps il gouverna un peuple obéissant aux lois des castras; deux fils lui étaient nés, Gopâla et Pâlaka, océans de vertus; son ministre Bharatarohaka, pareil à Brhaspatî, avait aussi deux (ils, pareils à lui-même, Rohantaka et Suroha. Le roi, le ministre et leurs enfants, versés dans la quadruple science et adroits dans la pra- tique, coulèrent des jours heureux. Puis Gopâla gouverna la terre qu'avait gouvernée son père; Pâ- laka, étant le cadet, prit le titre de prince héritier, les fils du ministre les fonctions de ministres; et le royaume, pourvu d'un nouveau maître, gardé par de nouveaux ministres, sembla renaître , rénové.

(11-16) Or le roi, monté sur un grand éléphant, élite des êtres , sur qui brillaient les raies du mada , sortit de la ville. Pour le voir était accourue une foule nombreuse ; la peur de cet éléphant sauvage la fit se disperser en tous sens. Mais il y eut une jeune fille atteinte par lui; de la haute muraille elle se jeta dans le fossé , inaccessible à l'animal , si haut qu'il fut; à la suite de cette chute doidoureuse la

imKB» BATIOBAI.X.

50 JANVIER-FÉVRIER 1906.

présence d'esprit lui revint sur-le-champ; dressée sur le revers du fossé, elle cria avec rage au roi sur le dos de son âiéphant : « Toi qui as tué ton père, tète inviolable, pour combien me comptes-tuP Pour qui tue un savant brahmane, combien comptent les gazelles?» Ces paroles de la jeune fille, blessantes même pour des mangeurs-de-chiens , déchirèrent le coeur du roi; en proie à ses pensées il rentra dans son palais.

(17-27) Il y traîna dans le chagrin le reste du jour aussi lent quune année. Pour recueillir les bruits publics, à la brune il sortit de chez lui : un manteau noir autour du corps , avec épée , bouclier et poignard, équipement complet sauf la massue, il se promena à petits pas. Or il entendit en certain sanctuaire la voix dun amant causant avec une gourgandine : «J'ai frappé du poing le vide, battu de la balle, quand jai mis mon plaisir en toi, sot que je suis! Voilà une grande heure que je passe à me tourmenter! Mais toi, tu ne sors seulement pas de chez toi — - par devoir conjugal! Voilà un mari chanceux! Si tu Taimes, qu'as-tu besoin de nous, pour nous maltraiter? On dirait que ce n est pas la peine d'être fils de famille! » Il continua sur ce ton; alors l'effrontée éclata de rire et dit au galant : « Les hommes comme toi, vraiment, ont un aplomb! Ne devais-je pas me prêter à sa fantaisie, dans ton propre intérêt? Ce n'est pas sans avoir donné con- fiance aux maris que les infidèles s'amusent avec les galants! Après tout, mon cher, tu veux boire le

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHA. 51

miel sans mouches? Tue ou fais tuer ce mari tou- jours assidu. Tu as peur du crime? Évidemment tu ne m'aimes pas! Vois : une passion invincible Tenivre : Prajàpati possède sa fille; sans aller plus loin, ne vois-tu pas Gopàla? L'appétit du pouvoir l'enivrait : il a tué son père! »

(28-33) Entendant ces mots affreux, si blessants pour ses oreilles, Gopàla s'enfuit. AUleurs il entendit un prêtre qui parlait : « Eh femme! Veilles-tu sur l'enfant? Le petit crie; vite, ma chère, donne-lui le sein; qu'il n'ait pas le gosier sec!» A la voix du mari, la femme éveillée gourmanda violemment son fils : «Meurs donc, parricide! — • Ah, mér chante! A quoi rime cela? Tu as appelé ce petit parricide? », dit le brahmane avec colère. « De quoi sert un fils, mon ami? Le roi a tué son père, et il n'ignorait ni Livres saints, ni Tradition! » Voilà quelle fut la réplique de la femme ! Le roi recueillit d'autres rumeurs analogues, puis rentra dans son appartement et y passa le reste de ia nuit sans fer- mer l'œil.

(34-48) L'obscurité était encore profonde à l'heure où il tint un conseil secret : « Que signifient ces mauvais bruits sur mon compte? Expliquez-le moi», dit-il à ses ministres. Alors, tous deux, jetés dans l'angoisse , lui dirent avec frayeur : « Voici la cause de ces rumeurs. Écoute avec attention. Ton père Pradyota — que ce soit bénédiction de le nom- mer! — présentait huit symptômes indiscutables de mort prochaine. Son barbier devant lui arracher

52 JANVIER-FEVRIER 1906.

un cheveu blanc, lui en arracha un noir par inad- vertance; il le fit couper en morceaux. En mangeant il broya un gravier sous la dent : le vieux cuisinier, serviteur héréditaire, fut mis à mort. Bien qu'il comprît qu'il s aliénait Tamour de son peuple par des actes de ce genre, il alla, possédé par la desti- née, jusqu'à torturer des brahmanes. Lors de ces évé- nements, son ministre, notre père, venait de mon- ter au ciel, avant d'avoir vu la dénience de spn maître. A la nouvelle de cette mort, le rçi fut acca- blé d'un tel chagrin que, sur-le-champ, il tomba en consomption. Notre père parti au ciel, le roi sur le point d'y partir, le peuple désafFectionné du trône ^ nous nous trouvâmes bien embarrassés : « Ce que commande la situation, voilà le meilleur parti », pensâmes-nous , et nous répandîmes le bruit suivant dans le pays d'Avantï et les environs : la fureur avait saisi l'esprit du roi; il torturait ses propres sujets; son fds l'a fait enchaîner, par amour pour eux; comme un grand éléphant qui a la chaîne au pied , déchu de sa liberté , il n'a fait que rêver à son bonheur passé; l'ennui lui a ôté le sommeil, il ne s'est plus nourri; à passer les nuits il s'est consumé, car elles étaient pour lui conmie des siècles; mais son fils, en dépit de cet état, par désir de faire plai- sir au peuple, ne l'a délivré que quand la mort l'a eu délivré de la vie. Voilà le fondement de ce bruit. Faut-il blâmer ou louer? Maintenant le roi en est maître. »

(49-56) Alors Gopâla demeura un instant tête

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 53

baissée , frappa ia terre du pied , leva vers le ciel en pleurant un regard de détresse et dit : « Vous égalez Çukra et Brhaspati ; hors vous deux, excel- lents amis, qui donc aurait usé d un stratagème infaillible, comme celui-là? Mais cette manière d'agir est le fait d'esprits courageux, exempts de crainte, non celui dames dévorées par ia peur de ce monde et de l'autre, comme la mienne. Aussi mes amis, c'est de Pâlaka que vous protégerez désor- mais le règne; mais pour moi, je suis incapable de me mettre au-dessus de cette calomnie. » Tandis qu'il pariait ainsi et que ses conseillers, confus, étaient tête basse, le chant du coq annonça la fin de la nuit , et ils entendirent la voix des hérauts , chan- teurs et bardes : « 0 toi , dont la gloire fait blanchir le bord de l'horizon infini, éveille-toi! » Triste, triste, le roi trouva ce chant, déchirant pour ses oreilles, odieux; il se boucha les oreilles, secoua la tête et aria à la portière : « Eloigne ces gens ! A quoi bon jeter du sel sur ma blessure? »

(57-62) Puis il songea : « Mais baste! Me blâme- rai-je ainsi? Ne sont-ce pas des éloges, non des reproches que je me dois? Sous un roi effréné dans ses plaisirs, et dont ia vie se prolongeait, quel autre prince s'est privé de tout amusement, comme je l'ai fait ? J'ai détruit — tâche diJBBcile — mes ennemis au dedans et au dehors; ai-je détourné les castes de leurs devoirs? Avantivardhana possède en lui-même une masse de ressources qu'on ne sau- rait lui ravir; quel autre que moi a un pareil fils.

54 JANVIER-FEVRIER H>0(V.

pour le sauver de Tenfer? Et laissons cda. «Tai été gratifié d*un bien unique : j'ai pour gendre le prince Naravâhana , qui est cakravartin. Un seul mârite me manquait, et le voici venu, grâce à mes deux excel- lents conseillers : la vie ascétique. »

(63-73) Ferme était sa résolution; il ordonna à ses conseillers de préparer le trône et une audience solennelle dans le hall. Eux partis, il se fit couper les cheveux, prit la robe d*écorce et la cruche des ermites, et sortit de sa demeure, sous les yeux e£Parés de ses femmes , qui se frappaient la poitrine. Quand il entra dans le hall d'audience, Pâlaka, pâle de terreur, le regarda en ouvrant de grands yeux. 11 dit, sans s asseoir, à Pâlaka debout : « Père, grâce à ton père et au roi des Vatsas, ainsi quala clarté de ta propre intelligence, en quelle matière n es-tu pas expert.^ Aussi te faire la leçon à toi qui dois la faire, cest être fou; car, dit le proverbe : t effronté qui en remontre à son père ». Je n'ai qu'un mot à dire : monte sur ce trône paternel pour pro- téger les castes et les ermitages. Bon gré , mal gré , tu suivras ma parole : un homme comme toi ne discute pas avec un homme comme moi. » Pâlaka resta un moment tête basse, méditant une réponse, les yeux fixés sur le bout de son nez. Le roi feignit la colère : «Allons, dit-il, monte sur le trône! A quoi bon méditer une réponse.»^ Même avec un cent de réponses tu ne pourrais pas plus retourner ma volonté qu'avec le pied remonter le courant du Çona pendant la saison des pluies. »

UNE VERSION NOUVELLE DE LA BÇHATKATHÂ. 55

(74-84) A ces mots, le chapelain et les brah- manes, la voix tremblante d'émotion, lui dirent en pleurant : «Que Pâlaka, puisqu'il est ton subor- donné, ne critique pas ton ordre! Mais, quand tu commandes, nous à qui revient le commande- ment, comment resterions-nous indifférents? Tu es vivant, tu règnes et tu es le frère aîné; si Pâlaka montait âur le trône, ce serait un homme qui na jamais appris ses leçons, n est-il pas vrai? S'il allu- mait le feu royal , aurais-tu cent ans , qu il croirait encourir le même reproche que le cadet marié avant son aîné. Reviens donc sur ce projet» trop cruel 1 Que nos larmes de doulem* se changent en larmes de joie! » Le roi les salua et, le cou un peu penché : «Assez me broyer le cœur, dit-il, taisez- vous! Autorisé par moi et capable de protéger le royaume, il ne sera pas Thomme qui na jamais appris ses leçons, quand même il serait blâmé par les grimauds. Moi, incapable d'entretenir le feu royal, puisque je suis déchu, il n encourra pas, en devenant roi , le même reproche que le cadet marié avant laîné. Que mes sujets se soient bouché les oreilles en entendant le mot déchu, ce mot nen est pas moins juste, car j ai tué mon père. Après un tel crime commis, quand, pour apaiser votre propre tourment, je m'en vais accomplir une expiation, personne ne m'en doit empêcher. En reconnais- sance de ce que j'ai fait, fidèle observateur de la loi, pour le bien de mon peuple , accordez votre faveur à Pâlaka. »

56 JANVIER-FEVRIER 1^06'.

(85-88) Ayant ainsi parié à ses sujets, il s'adressa de nouveau à son frère : « Sur mon fils Avantivar- dhana veille pour Tamour de moi. » Avec un sou- rire confus Pâlaka lui répondit : «Sire, pourquoi Avantivardhana ne deviendrait-il pas roi? Il est des rois, ayant pourtant des frères capables, qu'on cite comme ayant confié à leur fils seul le lourd fardeau du pouvoir. • — Quand il sera jeime homme, dit Gopâla, et toi vieillard, alors de ton propre gré tu feras ce qui sera convenable. »

(88-91) Ayant ainsi fermé la bouche à ses sujets et à son frère, il sacra Pâlaka avec l'eau de vases emplis à tous les tîrthas; puis, l'ayant fait en hâte monter sur le trône , il prit le Nord et sortit de sa ville comme un passant qui n'y aurait logé qu'une nuit. Quand il eut disparu dans la forêt, Pâlaka rentra dans la ville qui semblait une mourante,, tant vacillaient les regards du peuple, tant ses sou- pirs étouffés disaient la gravité de son mal.

LA FEMME DANS ^ANTIQUITE. 57

LA FEMMp DANS VANTÏQUITÉ

(SECONDE PARTIE )f^',

PAR M. E. REVILLOUT.

Il faiit distinguer devix périodes dan^ rhistoirç de rbuin^nité : celle où les mœurs font les. lois et ceiïe où les lois transforment les mœurs.

Noms en arrivons à la seconde», cdle des faiseurs de codes, quinaugura en Ghaldée Hammourabi, en Egypte Ramsès II, Bocchoris et Amasîs^ en. Grèce Lycurgue et Solpn , à Rome les décemyirs. Nous ne parlons pas des législateurs essentiellement religieux» comme Nuina, Moïse, Sas^chis; car ceux-là ét^aient s]Lirtout des traditionnalistes , s inspirant du devoir et non du pouvoir, ,

^ Dans mon étude sur la fimnie dans V antiquité ^m, pendant deuxans, a ^té le. sujet démon cours de droit égyptien à TÉçoie du Louvre , je me suis servi à la fois des représentations figurées projetées devant mes élèves , et des textes. Ces représentations figu- rées ont été surtout excessivement abondantes dans la première partie, dont je remets,, à cause de cela, la publication à plus tard. Pour la seconde partie, où dles étaient moins nombreuses, j^ai dû nécessairement les faire disparaître pour le Journal Asiatique^ et me borner à un exposé beaucoup plus bref des textes. Je n*ai pas renoncé pourtant k la publication intégrale de la première partie. Si je ne puis la faire , j'en rédigerai du moins un résumé conte- nant les documents écrits et analysant très sommairement les autres.

98 JANVIER-FEVRIER 1906.

I

LA FEMME EN CHALDiÊE

DEPUIS HAHMOURABI.

En Chaldée , la période secondaire du droit com- mence beaucoup plus tôt qu'ailleurs. Mais encore faut-il faire ici une distinction; et cela en vertu du vieil axiome de droit comparé : locus régit àctam. C'est ce qua fort bien fait voir notre illustre maître Oppert, dans ses documents juridiques, à propos dés contrats remontant au roi babylonien Marduk- iddin-akhi, c est-à-dire à Tan iioo environ avant nôtre ère. Ce monarque, en eflFet, avait soumis à sa puissance, au moins en partie, le pays d'Assur. Mais il en conserva soigneusement les coutumes ju- ridiques, totalement différentes - — nous le savons maintenant avec certitude — des lois en vigueur dans son pays, coutumes juridiques qui reposaient alors foncièrement, non pas sur la propriété indivi- duelle , comme déjà alors à Babylone , mais sur la propriété collective de la tribu ^ — tout à fait ana- logue à la tribu arabe. Or les documents de cette époque — particulièrement celui d'Ada, Tun des plus nets dans le sens juiidique indiqué plus haut - — nous apprennent expressément que Marduk- iddin-akhi statuait d'après lés lois « du paysd'Assur » , tout en se servant de l'épha du roi de Babylone pour étalon des mesures agraires.

LA FBMME DANS LANTIQUITÉ. 59

Eh bieal ce que faisait encore le roi babylonien Marduk-iddinr-akhi iors de ses conquêtes, son loin* tain prédécesseur, ie roi babylonien Hammourabi, le faisait déjà lors des siennes dans une région beau^ coup plus proche de sa capitale : les contrats de Warka, de Larsham, de Shippara, etc., nous l'ont démontré.

A Warka, à Ur en Ghaldée (la patrie d'Abraham, dont la race conserva, d'ailleurs, avec tant de ^in les anciennes habitudes traditionnelles), Hammou- rabi avait eu à lutter longtemps , avant de vaincre, avec le souv^ain du pays nommé Rimsin. Celui-ci, dans les formules remplaçant chez lui, pour les dates , les magistratures épony mes de TAssyrie , traitait Hammourabi, qu'il combattait, « d'ennemi mauvais » jusqu'au moment où cette qualification lui fut donnée par son adversaire vainqueur (ainsi que mon frère et moi nous l'avons démontré , après Smith , dans notre notice sur deux contrats du règne d'Hammourabi et siu* les données historiques que nous fournissent les contrats de ce temps). Or, tant dans cette brochure que dans le supplément babylonien de notre livre sur les obligations en droit égyptien comparé aux autres droits de l'antiquité , nous avons établi aussi que le droit ne différait pas à ces deux périodes, par- ticulièrement en ce qui concerne l'état de la femme : et cependant Hammourabi venait de promulguer à Babyione un code très dissemblable.

La même remarque s'applique à Larsham et à Shippara. Dans tous ces pays , bien chaldéens pour-

60 JANVIER^FEVRIER 1^06.

tant, la législation continuait sous Hammourabi à être, oomme auparavant, très favorable àlafemmèf Celle i- ci se comportait, je l'ai dit dans la première partie de ce travail, « avec une indépendance bien égyptienne », soit comme fille, soit comme épouse, et elle jouissait de droits égaux à ceux de ses frères et même de son conjoint.

Au contraire, dans son code^, destiné d'abord ^ uniquem^it à la cité de Marduk, au pays propre de Babyloné, bien que précédé dune préface et suivi d'un épilogue où le roi se vante de ses conquêtes et de ses travaux , tant à Shippara qu'à Warka , à Lârsham, etc., Hammourabi se propose surtout d'abaisser la femme et de lui enlever la plupart dels prérogatives qui lui avaient été jusque-là conservées, au moins dans la majeure partie de son empire.: La première de ces réformes consiste à établir le prin- cipe que les fils seuls et non les filles étaient les légi- times héritiers du père.

On n'alla cependant pas jusqu'à ôter aux femmes toute participation à l'héritage familial. Non ! le mot participation représente assez bien la racine babylo-^ nienne qui, soit sous la forme verbale saraka^ soit

^ . Je n*ai qak peine besoin de rappeler que ce code , découvert par M. de Morgan, a été d'abord public par le P, Scheil, notre ancien élève et très cber ami.

^ 11 faut d'ailleurs remarquer que les lois n ont jamais d*effets rétroactifs , et que , même en admettant qu'à une époque déterminée le code d'Hammourabi dût être en vigueur dans ses nouvelles con- quêtes, les femmes de ces contrées n'avaient pu voir modifier d'un seul coup leur statut personnel.

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 61

SOUS ia forme nominale dérivée «mfea, apparentées à i arabe dsraka {sàJSA) , consortem, participemfacere, sert à désigner et à limiter ies droits de la femme dans rhérédité pertemelle.

La valeur jm^idiqne du verbe iaraka a été signalée pour la première fois par notre illustre maître Op- pert dans ses documents juridiques, p. 89- et 1 02 , a propos de deux contrats archaïques remontant au roi babylonien Marduk-iddin-akhi dont nous parlions tout à l'heure. L'un est précisément Tacte d'Ada mentionné précédemmentpar nous, l'autre le caillou de Michau. Il s'agit, dans les deux cas , de la formule relative à l'éviction et on prévoit celle qui résulte- rait, soit d'une ingérence du dieu , soit d'une ingérence du roi.

Nous avons longuement indiqué, dans notre Pré- cis da droit égyptien ^ en traitant des périodes d'Apriès et d'Amasis, en quoi consistait, dans le droit com- paré antique, l'intervention sacrée dans les alié- nations. Toutes les fois, en effet, que les droits de propriété de l'acquéreur pouvaient être légitimement contestés , on avait rhabitude de faire participer une divinité au dominium , et par suite aux bénéfices , ce qui les rendait inviolables. Cela se faisait en Egypte par la formule suten ti hotep « royal don d'ofifrande ». En Chaldée on avait recours à l'action appelée saraka ^ dont le but était également de constater la copropriété du dieu , devenu ainsi le protecteur du

^ Oppert a traduit iaraka, employé isolément, par vouer, et qaand il est suivi de ana eli « à un dieu», par donner en don.

62 JANVIER'FÉVAIEE 1006.

contractant. C'est pour cda que fon emploie, dans les contrats de Marduk-iddin-aklii, les adjurations sa- crées les plus terribles contre ceux qui useraient à Tavenir d'un pareil procédé , aussi bient que contre ceux qui revendiqueraient au nom du roi ou âm- planent en leur propre nom. Mais il fiiut noter que dans ces deux derniers cas les expressions employées sont toutes différentes, parce qu'il ne s'agirait pas d'une participation, mais d'ime usucapion portant sur le tout.

Dans le code d'Hammourabi iaraku, d'ailleurs très fréquent, n'a que deux acceptions : tantôt ii désigne encore la participation divine, mais ôelte fois celle dont le roi bénéficie dans les pouvoirs ou les droits des dieux ^; tantôt, pour les individus, il s'applique presque exclusivement à la femme.

Une fois cependant, dans l'article 34« la forme dé- rivée ei-sa-ra-ak , identique à la 8* voix verbale des arabes , désigne l'action criminelle du préfet ou du juge qui s'associe à un homme puissant pour frau- der, en faveur de ce dernier, un officier des droits ou de la solde concédée par le roi. Le préfet est dors puni de mort.

Une autre fois, dans l'article i65, il s'agit, pour

^ Nous le trouvons avec cette acception dans les colonnes de répilogue auxquelles on donne le n'xxiv ou xl etle n' xxv ou XLi. La première fois , il s'agit du gonvernement des hommes dont Bel a rendu Hammourabi participant [iaraku) et que Marduk lui a effectivement donné {i-din)\ la seconde fois, de la rectitude (ou la justice divine) à laqudie, Samas a fait également parti- ciper (loroilca) HammourabL

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 63

saraka, de lassooiation dans certains biens fonciers que ie père a établie , pendant sa vie , par écrit, en faveur d'un de ses fiîss et c[ui après sa mort doit grossir ia part (zit-ta) de celui-ci, dans le partage avec ses frères (partage qui^ sans cela, doit être toujours égal).

En ce qui concerne la femme , ie verbe iaraka est souvent joint au nom verbal dérivé ierikta. Dans les articles 1 78 , 179, 180, 181, 18a, i83, 18/i, rhypothèse dun père donnant ou ne don- nant pas à sa fille une participation dans ses biens pour la marier est toujours exprimée à la fois , avec ou sans négation, par le verbe iaraka et par le substantif ierikta. On sait d ailleurs combien sémi- tique est cet usage, si constant en hébreu, et consis- tant à répéter ainsi sous deux formes parallèles une même action.

Ajoutous d'ailleurs que le verbe seul Saraka peut servir pour exprimer la même idée de contrat en participation. Par exemple , il s'agit, dans l'article 1 5o, d'un mari faisant, pendant sa vie, participer (saraka) sa femme à un champ , un verger, ime maison ; dans l'article i65, d'un père faisant, également pen- dant sa vie, participer (^arafcu) son fils à des biens du même genre. On n'emploie pas alors le mot se- rikta pour désigner le contrat [kanuku) qu'il rédige; car ce mot ierikta avait pris im sens absolument déterminé; il ne votdait dire que la participation donnée à la fille en mariage dans les biens de son père : ce que le P. Scheil traduit par « trousseau »,

64 JANVIER-FÉVRIER 1006. /

et ce que Ton devrait plutôt traduire par «dot». Nous reviendrons tout à l'heure sur cette question demande de plus amples dévdoppementsw

Ce qu'il est bon de préciser dès maintjenant, c est que, dans lorigine, lors de la promulgation du code d'Hammourabi , Tidée dont on partait , c était odle des droits — bien diminués, il est vrai — mais enfin des droits de la femme dans Théritage patemd , et non celle de lutdité ou de la nécessité d'un apport pécuniaire pour lui trouver un mari.

Un mari, on pouvait lavoir d'une autre manière^. Il y avait encore le mariage religieux ne faisant d'abord primitivement nul état des biens donnés ou reçus ^ mais, nous Tavons dit dans la première partie de travail , nécessitant cependant une tablette , un kanaka , genre d'actes dont nous avons donné des exemples et sur lesquels nous reviendrons.

Ce mariage religieux , comparable à celui que nous avons trouvé en Chaldée et en Egypte, bien qu'il laissât primitivement à la femme en Chaldée la complète administration de ses biens, était toujours licite et le sera encore pendant de longs siècles, avec les modifications qu'entraînait, pour l'état des biens, le nouveau code. Mais il se trouvait peu à peu supplanté par l'usage des inariages civils.

Ce qu'exigeait seulement la loi, c'était un écrit. Le contrat [duppu, kunuka, ou rikùfta) devait tou- jouirs être écrit, du temps d'Hammourabi , pour constituer un mariage légitime ; car, d'après l'ar- ticle 128, que les rabbins ont textuellement repro-

LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 65

(luit plus tard, toule femme prise sans contrat [rikista, ce que les rabbins traduisent par ketaba) n*était pas épouse. Mais des femmes libres pou- vaient légitimement épouser certains esclaves vicdrii, en se faisant faire un écrit et, au besoin , reconnaître l'apport de leur serikta, qui restait à elles, en de-» hors de leur part dans les bénéfices des esclaves en question. Le contraire n'était, bien entendu, pas possible. La femme esclave ne pouvait être pour rhomme libre qu'une concubine ou la représentante de l'épouse sans enfant, sans aucun droitpropre, sice n'est que, quand elle était mère, elle ne pouvait être vendue. Quant au mariage par co^mptio , e'est-à-cUre par achat dune femme libre pour en faire une épouse, ana assati, nous ne le trouvons jamais en Chaldée, mais seulement en Assyrie du temps des grandes conquêtes ninivites.

Revenons-en au mariage civil le plus récemment employé et sur lequel s'étend surtout Hàmmourabi ; c est-à-dire à celui pour lequel il répète sans cesse îa mention du serïkta apporté au mari avec la femme. Qu'est-ce en définitive que ce seriktu ?

Pour moi ce n'est pas autre chose que la quote- part d'un associé dans une maison commerciale.

Le commerce était alors très développé et très scientifiquement développé à Babylone; le codé d'Hammourabi le démontre , aussi bien que la mul- titude des documents depuis longtemps étudiés par mon frère et par moi. Il était donc naturel de voir la femme, qui naguère avait dans toute la Chaldée

arUIMrRIR lATIOSiLC.

66 lANVIER.FRVRIER I(r06j

la libre disposition.de ses* biem>et dé» droite «égoiuK à\'Ceii3i;^ de :se$' frères, * réclamer encore et aj^erter dans son idiénage* une pdrtie dû moin»;de ce qu!eUe avait autrefdis pour^àider son ^lapi «dans son bégoce on «sesi' opérations», quelconques.'. G 'éUi%r tellement le»- «point de vue de tous , què^ .cette: partidipajtîpn de la femme ^ns Une riouvelie imaison*était^ géné^ ralement garantie par un» autre rapport versée par le «fiancé entre ilesj mains dti» père v garantie dont te caractère est d ailleurs nettement spécifié à plusieuri rq)rise$;; ;■ i •» '•• i.? ••• -, •. . -l'-ir.' ■■-.u ■ .;'• :' ^ .r ' » Mais ^^-^,et c est en cela îqU'Hammourabi innovait grandement -^ le serikta , ]^tioipation*daf^â les* biens paternels confiés à. la femme ^ n'était oependant jdas pleinement à elle. Elle n'avait plus, le droit d'en 'dis- poser. Si elle mourait sans enfants, il retouiTiait' à ses frères. Elle n'avait plus même le droit de l'admis mistrerv Si elle se trouvait isolée, on devait la nourrir là-dessus ; mdis ladministratioa incombait 'à • ses frère» (leS" articles i 71, 178 et 182* sont tout à fait formels à ce point de vue). Si elle a des enfants, fe senktu est déjà à ses enfant» et le père ou les 'frèrfes ne peuvent plus le réclamer, pas plus que , dans anôun cas, le mari.

- Tout ceci est foncièrement différent de ce qui existait jusqu'alors en Ghaldée , où la femme possé- dait, aliénait et administrait ses biens suivant s$a fantaisie. : '. .

Mais ce serikta, cette participation en jouissance aixx biens paternels, si limitée dans son usage ^ était*

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 67

elle au moins égale, comme quantam, à ce qu'elle était autrefois?

Non! Certains articles (181 et 182) Testiment à un tiers de part d'enfant. D'autres en laissent le taux à fixer par les héritiers vrais d'après leur for- tune : et dans ce dernier cas (art. i84), ce sont les frères, devant doter et marier leur sœur si le père ne Tapas fait. L'article i83 avait soin de spécifier, d'ail- leurs, que jamais la femme n'aurait rien à réclamer, en dehors de ce ierikta, dans les biens de son père.

Les seuls cas ou le législateur paraît un peu plus généreux, c'est :

1° S'il s'agit d'une femme ou d'une concubine libre renvoyée par l'époux ou qUasi époux et qui aura consacré sa jeunesse à élever ses enfants , tant à l'aide de son serikta qu'à l'aide de biens fonds livrés à cet effet par le père. Quand les enfants sont élevés , elle reçoit une part d'enfant dans les biens en ques- tion et elle peut alors seulement se marier (art. 1 3 7) ;

2** S'il s'agit d'une kallat ou fiancée qui n'a pu se marier parce que son père ne lui a pas donné de serikta : elle aura alors, pendant sa vieillesse, en jouissance, une part d'enfant, qui appartiendra à ses frères (art. 180).

3° S'il s'agit d'une zinnista zikra ou femme vouée, c'est-à-dire d'une sorte de vestale ou de religieuse assi- milée aux sal-nin-an ou prêtresses, et parmi les hommes aux nerse^a ou religieux, voués comme elles au céli- bat perpétuel. 11 faut bien se garder de confondre ces zinnisia zikra avec les kadisat ou kadista et les

68 JANVIER-FëVRIER 1905.

femmes de Marduk faisant à Babylone métier de pro- stituées sacrées. Le rôle des kadisatf qui ont été im- portées juscjue dans le temple de Jérusalem, et, tou- jours sous le même nom, jusqu'en Egypte, nous est parfaitement connu ; mais il n a de commun avec la profession des femmes vouées ou des religieuses que Tabsence d'enfants pouvant être réclamés. On ne donne , d'ailleurs , aux kadistay dans le cas ou un serikta ne leur aurait pas été fourni par le père, que le tiers d'une part d'enfant en jouissance, tandis que les femmes vouées au célibat recevaient, en ce cas, éga- lement en jouissance, part entière (art. 180). Notons, d'ailleurs, que les prêtresses sal-nin-an, auxquelles on les assimile dans d'autres passages, comme ici on les rapproche des fiancées (/raî/aitt) , étaient très protégées contre les calomnies mettant en cause leur pureté (art. 129, voir aussiles articles 1 1 o, 1 78 , 1 79 , 1 80 . 1 87, 192 et 1 98 pour toute cette question).

En ce qui touche le seriktu et les dispositions assez compliquées qui le règlent, toujours dans l'esprit d'hostilité contre la femme que nous avons décrit, on peut consulter les articles 187, i38, i42, i43, 1/19, 162, i63, i64, 167, 171, 172, 173, 174, 176, 177, 178, 179, 180, 181, 182, i83, i84 du code d'Hammourabi. On y admire une logique in- flexible et une véritable science juridique , mises au service d'une passion misogyne accentuée. Il en est de même d'ailleurs pour tout l'ensemble de Içi légis- lation relative à la femme et sur laquelle nous aurons à insister plus loin. Pour le moment, il nous faut

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 69

compléter ce que nous avons dit sur la société com- merciale qu'était alors le mariage et parler, en consé- quence, des apports du mari.

Au senktUf ou participation de la femme aux biens du père fournis pendant Tunion aux conjoints et ne restant dans la maison du mari ou même dans la possession de la femme que s'il y a des enfants, répond en effet le tirhata, ou l'apport que le futur mari , encore fiancé , verse dans la main de son beau- père en garantie et en équivalence du serihta.

Qu'est-ce que le tirhata? Est-ce une dot, comme le P. Scheil l'a prétendu? Est-ce un ancien prix d'achat de la femme, comme, dans l'Egypte clas- sique, je l'ai dit depuis bien longtemps, le shep ou don nuptial : on l'a prétendu également. On a dit aussi (notamment un savant professeur de la Faculté de droit de Paris) que, sans être un prix d'achat, cet argent confié au beau-père restait h celui-ci. Toutes ces solutions sont également inexactes.

Evidemment il ne s'agit pas d'une dot, puisque cette dot devait être constituée par les parents de la fille. On pourrait le comparer, ainsi que l'a fait à la Société asiatique notre savant maître Oppert, au don nuptial égyptien. Mais l'origine n'est pas la même. Jamais le mariage par coemptio, usité en As- syrie, comme plus tard en Egypte et à Rome, n'a existé en Chaldée propre : et l'union servile n'y était point considérée comme un mariage. Ajoutons que le tirhata ne restait pas entre les mains du beau-père , comme l'a d'ailleurs très bien dit Oppert.

70 JANVIER. FÉVRIER 1906.

Qu est-ce donc encore une fois que le tirhaiu?

A notre avis , le mot tirhata se rattache à la r3cine

arabe dakhara {J^^) signifiant reposuit in faturi tem- potismam. Il se retrouve, avec ce sens, dang plusieurs documents anciennement connus et utilisés par mon frère, entre autres dans un contrat de location de fan 17 de Nabonid, que M. Strassmaier a publié parmi les documents de ce prince, sous le n° io3/0. La signification en pareil cas convient parfaitement aux articles du code d'Hammourabi qui sont relatifs au mariage.

De même que le serikta est une participation aux biens du père laissés à la fille en dépôt, pour ainsi dire, afin de subvenir en partie à la société conju- gale, dé même le tirhata est aussi un dépôt fait en vue de l'avenir par le mari dans ks mêmes conditions et qui constitue désormais im fonds , intangible éga- lement , parce qu'il garantit le seriktu et d'une façon plus générale les droits de la femme et de ses hoirs. C'est ainsi qu'à propos de la répudiation il est dit, dans l'article i38, que, si quelqu'un veut fénvoyer une femme qui ne lui a pas donné d'enfant, il lui rendra ou donnera [nadin) tout l'argent de son tirhata (que le beau-père lui avait remis entre les mains après le mariage) ainsi que le serikta qu'elle avait apporté dans la maison de son père.

Si le mariage avait eu lieu sans tirhata (ce qui était aussi légitime que sans serikta), il lui donnera une mine d'argent pour la répudiation (art. iSg).

LA FEMME DANBL'îANTrQUITÉ. ^1

' •> A propos ' de ià mort* de la femittév il ôst* dit (Jiie^di ^elquurï a' i^ousé une feininequi né lui a pas donné d'eîîfant et s» le beàu-père lui a^rerrdii $u>m0> ment dû mariage: son tirhata; ie x^tié réelainerà rien ail beau^èi^ sur le ^iériik (art; 1 6*3). Si fe béau-p'ère? ne lut a pas rendu alors iè ûrhata, le veuf te déduira sur le imfctii e)t rendra le- reste au beali- père (art^'TÔA-)"-' ■ •' ^S'- • -■'' ■•-•■'' ^''.'. -i -•-.''•: ''•<]

A propos des fiançailles de ces kaUat (dont le dode pafple longuement dans les articles ii55vi S6=et i 8&, et qui étaient déjà msentiontiées' par le caillou 'de Michau [ documents juridiques ; * p; ô8 J J aussi bien que par le contrat ïf 'j^ de Liverpoôli etc.)'^ les^ar- tibles 1B9, i5o et i6i en spécifient fort bien leisicoii- ditions. . » ts!

Si quelqu'un a fait apporter dans» la< maisoh de son futur beau-père imiifcfai ou a' donné un tirhàtu, et si ^isuiteii refuse d'épouser la fille; lepère dfe cetle fille gardera tout ce qui a été apporté. Si; c'est le père qui alors refuse, il est obligé de payerledotible de ce qui lui a été apporté. Si c'est un ami qui; par ses calomnies; ' a empêcfaé le mariage v* cet efmi tt^e pourra de plus épouser la fille. 1 ; .î » n

loi'biblu est distingué du tirhaéai Ce mtot^'qtie le Pi Scheil a traduit par « les meubles » , «© rattache' au verbe babcdu ^qu'on retrouve dans la préface du cdde et daris d'iautres textes^ et qui signifie k apporter » comûife la ratine aid/a dont: il 'dérive ^ Une autre transfor-

' * Aboiile éii emplayee" d'ams la. iàn^ûi^ vèrli» àVec rer kpiss.' ' •■

72 . JANVIER.FÉVRIER 1906.

mation delà racine babala existe dans le mot bMula signifiant les ^ produits » , par exemple ce dopt un champ nous f^it cadeau. Par ce qui précède, on voit qu il faut traduire biblu tout simplement par « pré- sent», comme la dit d ailleurs M. Harper. Le biblu est mis à part du tirkata qiiii sepcible avoir précédé, fl s agit sîms doute des petits cadeaux, des bibelots \, précédant les fiançailles et lapport du tirhatu.

Il nen est pas de même, à mon avis, d'un autre versement fait par le mari et cjue Ion rencontre dans le code spus la forme nndannu. Oppert . a pensé qu'il s'agissait d'un apport de lepoux après le m|iriage, apport qu'il a comparé aux paraphernaux. Le P. Sçheil le traduit par « don » , et je crois qu'il a raison.

Nadflnnu vient en effet du verbe nadanu signifiant « donner nde la façon la plus large et dont les dérivés se retrouvent en hébreu et dans toutes les langues sémitiques avec la même signification.

Dans l'espèce, je crois que nadanna est employé cpmnae synonyme de tirhata. Il faut remarquer en effet qu'au lieu d'accompagner ce mot, comme bïbbi, il le remplace.

Dans les articles 170 et suivants il est question d'un mari qui a eu à la fois des enfants de sa femme et d'une servante. Ce père peut reconnaître ou ne pas reconnaître authentiquement les enfants de la servante. S'il les reconaît par la formule « vous êtes mes enfants » , les enfants de l'esclave partageront par égales parts avec ceux de l'épouse. S'il n'en est pas

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 73

ainsi , les enfants de TAgar ne pourront être vendus et seront afiBranchis ainsi que leur mère, mais ils ne par- tageront pas aveC' ies fils légitimes. Après la mort de son mari, l'épouse prendra son serikta et le nudunnu (t don » que son mari lui a donné [nadanu) et inscrit sur tablette. Elle restera dans la demeure du mari, tant quelle vivra, en gardant le serikta et le nudunnu ^ mais sans pouvoir les aliéner. Après elle, ils sont a ses enfants.

Si son mari ne lui a pas donné {nadanu) de don [nudunnu) i elle reprendra son seriktu et jouira sur la fortune de son mari d'une part, comme un fils; Si elle veut sortir, elle laissera à ses enfants le nudunnu, que son mari lui a donné, emportera son serikta (it se mariera si elle veut.

Il me semble bien clair qu'ici le nudunnu n'est pas autre chose que le ^ir^to, joint, si on le veut, au bibla, c'est-à-dire désigne tous les apports faits parle mari à ce titre.

Il faut noter de plus que si nudunnu se rapporte au tirhatu dans le code d'Hammourabi , il en est venu dans la suite à se substituer au seriktu, autrement dit à traduire la dot de sa femme. C'est d'ailleurs à une époque où il n'est plus du tout question , pour le mari, de tirhatu, parce que toute sa fortime reste pleinement entre ses mains , sans aucun de ces fonds de garantie qui avaient été autrefois établis en vue de l'union, pour la fortune de l'autre conjoint.

Ce nouveau sens de nudunnu « dot » a été conservé par les juifs dans le talmudique et le rabbinique

74 JANVrBB-FÉVBIER i*06. ^

après la fcaptivîté de Babylohe: On rfk qli'àmiVrfrtto îèbdque quelconque pour s'en assurer. Daiis le dlbâôn- nairechaldsiïque , talmudtqueet rabbiniqufédeBuxilbrf on lit," par exemple ; KjJnJ n^dooma 'r dos'tnttliehris quant niarito nuptiàram tempoté affètt; eetni orfinSHis àhianientis y inonUtbas et preciosis sp6nsàé\^éï il rétttbie ail Talniud et à Màïmonide. * * . ' '■ ' i 'î» Or cette signification est établie, 'àùmoiiid àxïsêi bien, par les contrats en cunéiformes datés de'NabOr chôdônosor bu de ses successeurs bàbyloiiietts et per- sans, comme tnori frère et moi Favoris prouté'dejiiiis longtemps avec im lilxe énorme de preuves; 'Au fond!, c'est une transformation très' nattÉréUte dtt di^tt. Du moment qtie l&tirhata n existait plus-, XéiénkiAriétimX. plus de raison d'être sous cette fôrtlie. L'tiii" était rél[jiii valent et la gararitie dé faùtre; nous l*atons déjà dît. Donc lun demandait lautré, et \€ seiikta sans tirhata perdait son caractère séparé et indépen- dant dans la fortune du mari , à laquelle il n^pp^t- tenait pas, pour devenir simplernerit lui &]f)^ofrt* fait audit mari et dotit celui-ci deVaît rendi*e'tDomptë, non plus uniquement à là fattille de lai femme ;^^si elle n avait pas d'enfant, miais à là femme effl«-mêriie, et, après elle seulement, à ses hoirs. C'était tin dbh [nudannu) de la femme, comme autrefois lé tirhata était un don [nudunna) du mari, ou plutôt (car miéti expression est ici inexacte) c'était un» don fait pdr les parenti de la fernme en vue et au bénéfice de celle-ci. En effet le ntuiunntt était livré alors, comme autrefois le serikta , pai* lé père , ou à défaut du pèi%.

LA FEMME ÙANS L'ANTIQUITÉ. IfS

par les frères de la fiancée , ctvec la femme eUe-mîêiïié', au moment des épousailles. ' •- »

Ce n'était plus une participation àlTiéritàge, d*étaït un don, je le repète, et par la la femme semblait perdt-é quelque chose de ce iqui lui restait de ses droits héréditaires. Mais cô don' était' fait sàtis'eiiprtt de retour, et par là elle y gagnait en définitive/ Lii femme dotée était quelqu'un bu quelque chose/EUe s'engageait souvent solidairement avec son mari: de nombreux actes le prouvent. Elle avait dôhc reconduis im peu de seé anciens droits d'administration , voire même d* aliénation. Sa ^fof tune ; plus liqliide , et non itriniôbilîsée, comme Tâvàit comprise HammoUt^ , était devenue plus personnelle en quelque sorte.

N'exagérons rien pourtant. La femme , qtd c6ritihii'e à n hériter de rien en dehors de sa dot, ne jpossèdfe même pas alors cette dôt éri réalité, piiisque son mari Ta reçue àVec elle-même et en a là jouissance. ■

Je le disais déjà dans ihoti volume siir La pro- priété en droit égyptien comparé anoù anirès droits de V antiquité y Y* ^ 9^ » *^^* ^®^^ ^® rattache plutôt à Tidèe dune femme en tutelle, comme le fut jplus tard, à Tépoque classique , la femme athénienne , fenimé que lé père ou le frère dotait, qui était sous leur autorité tàiit qu'elle n'était pas sous ceiïë d'un mari,' (q[ùi y retombait quand elle était veuve, qui n'avait droit (ju'à des aliments, et dont la dot représentait pour elle l'équivalent de ses aliiiients.'

Beaucoup de tablettes babyloniennes de là période en question ne s'expliquent bien que par cette idée.

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qui certainement se rapportait dans ce pays à une couche historique du droit, à on état d'organisation de la société , que je n'avais osé spécifier lors de mon volume cité ci-dessus, et qui me paraissait en con- tradiction avec les plus vieux usages de la Chaldée, mais qui maintenant s'explique très bien depuis la découverte du code d'Hammourabi.

Ajoutons-le d ailleurs, les droits de la famille sub^ sistaient toujours en droit civil selon les principes d'Hammourabi. Pour en neutraliser les effets dans une certaine limite, on était obligé d avoir recours au droit religieux par des adjurations et par des ana- thèmes solennels, appuyant une sorte de iioBrfKti comparable à celle des Grecs, Ce n'était nullement le testament romain , pas plus en Grèce qu'en Chaldée. L'héritier du sang ne pouvait pas être dépouillé ainsi de son titre de continuateur de la personne. Aussi voyons-nous à Babylone, à Tépoque classique, d'une part, un frère, après la mort de son frère, rédiger un acte formel pour approuver les dispositions prises par le défunt en faveur de sa femme, et qu'avait déjà prévues, mais à titre desimpie viager, Hammourabi dans l'article 1 5o de son code; d'une autre part, un procès s'engager entre le frère héritier naturel et les légataires du défunt, c est-à-dire sa femme, sa fille et son gendre. Les juges de Nabonid ratifièrent plei- nement, dans ce dernier cas, la Siadrfxrj, ainsi que le faisaient, en général, les juges d'Athènes, quand une StaOrfxri était attaquée devant eux par les héritiers du sang. Le droit civil validait donc ce qui n'avait eu

LA FEMME DANS LANTIQUITÉ. 77

d'abord sa force qu en droit religieux. Les juges rem- plaçaient alors les dieux.

Aussi ne faut-il pas nous étonner si , de la situation indécise de la femme en Babylonie , avait découlé un résultat inattendu.

A f époque classique de Thégémonie babylonienne , elle n'avait pas, comme les hommes, une succession légitime bien reconnue, des successeurs de sa per- sonne qui prenaient légalement la suite de ses droits, et qu'on ne pouvait écarter. Aussi le droit de dis- poser de sa fortune, droit si limité, nous l'avons prouvé dans un autre travail , pour les hommes qui avaient des fils ou qui avaient des frères, fut-il, au contraire, laissé à la femme d'une façon beaucoup plus large. Elle en disposait, reconnaissons-le, par un acte entre vifs, comme plus tard les Egyptiens. Mais cette donation entre vifs , avec réserve d'usufruit , était au fond l'équivalent d'un testament. J'ai publié plusieurs documents de ce genre , revêtus , il est vrai , d'anathèmes terribles pour en assurer l'exécution.

Dans ceux de SimiUstar, par exemple, la mère, pour enrichir sa fille, à laquelle elle transmet ses biens malgré la présence d'un fils, usait d'un pou- voir qu'un père n'aurait pas. Souvent aussi on voit une mère avantager de même un de ses fils.

Notons en outre que d'après le droit babylonien de cette époque, comme d'après la plupart des droits de la Grèce, Isocrate TaflBrme, une SiaOrfnff ne suflB- sait pas, quelles que fussent les imprécations dont on la garnît, pour constituer un héritier proprement

78 JANVIER-FÉVRIER 1006.

dit, un continuateur de la personne. D fallait que cet héritier entrât d'abord dans la famille par le moyen d une adoption.

.. L'adoption est dans la Chaldée une institution fort ancienne , car un vieux récit légendaire, un oonte nation^ des anciens Accadiens, reproduit et traduit (lans les bilingue^ du palais d'Assourbanipal , nous montre déjà un enfant trouvé pris en adoption, en état de fils , par Thomme charitable qui Tavait recueilli dans la rue..

Dans les actes de Warka que noi» avons cités au comencement de ce travail, il ca est un dans lequel le père et la mère, agissant ensemble, brisent par une abdication les liens légaux existant entre eux et un fils, afin qu'il devienne par adoption le fils dun autre. Enfin le code d'Hammourabi lui-mênpie prévoyait l'adoption dans les articles i85 à igS, en même temps dVilleurs que labdication du père par le fils ou du fils par le père.

En ce qui concerne l'époque classicpie, nous avons publié , mon frère et moi , dans les Proceedings de la société fondée par mon vieil ami Birch , un contrat venant de Shippara qui fait partie de notice collection personnelle et qui est relatif aune demande en adop- tion accueillie par les magistrats auxquels cette de- mande est adressée. C'est le seul acte d'adoption pro- prement dit que Ion possède jusqu a présent dans les tablettes chaldéennes. Mais il est question d'adoption dans d'autres documents du règne de Nabonid, particulièrement dans celui qu'a publié M. Pinches

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 79

dans la (re,vae; américaine .appelée ifeiraica. XJn fils émancipé, et flaarié cj^puis iprs à une veuvç y solli- cil»i'avM:oïri$ation 4e sfon père afin d adopter, à défaut daui. enfant né de, lui, le fils que cette veuve avait engendré durant' sa première union. Il, indique qu'il aui^asojin , dans . l'acte (J adoption; d assurer ses . biens , ajcquis pai* lai Qv^ proyejaant du père , -k celui qui , de ç^tte . ipcianîèrç , . deviendrait sipi^ fils. ^ I^C; ,père; ref^$e de,:vdu' entrer/ un étranger dar^s! sa famille powen dev^r le jch^f , . l'^iéritier de . son, fils aîjaé. Il lie, les mains ; à j xjeiui-oi par un acte formel , dans ? lequel il d^éqjare.ïpiie^ sil. procrée; rédlemept des enfants, ces enfants Jiériterpnjtdies biens patrimoniaux comme des acquêts, mais que, dans le cas contraire, s'il n'a p^s d'enfants nés de lui-même , il n'aura le droit d'adopter |)ersôïine!, sauf son itéré, son bréritier dé sang, «le maître de sa part », selon rexprésàion nïêmedont fl se sert. " ■ '' ' ' , .• ^ ■ . ^ - . •

Ainsi la puissance paternelle n était encore a cette époque pas nulle en Babylonie; un père pouvait lier les mains à son fils , même émancipé , quand celui-ci voulait changer, au moyen d'une fiction légale , 1 ordre de la nature en fait de succession et de continuation familiale. Ce n'était point, comme à Rome, le des- potisme d'un maître qu on accordait au cbef de fa- mille s^r ses enfants comme sur ses esclaves, niais c'était un pouvoir qui ressemblait beaucoup à l'auto- rité paternelle telle qu'elle existç aujourd'hui. Dans le code d'Hammourabi, cette puissance du pater fa- nUUçLs étçdt beaucoup plus développée , . puisqu'elle

80 JANVIER-FÉVRIER 1906.

lai permettait non seulement de modifier la trans- mission des biens en avantageant soit sa femme, soit l'un de ses fils, mais même de donner, s'il le voulait, aux enfants de l'esclave, la même situation et la même hérédité qu'aux enfants Intimes.

Le père babylonien qui, à l'époque secondaire, a conservé son fils dans la communauté de biens fami- liale, lui cherche lui-même une femme et fait la demande pour lui. Un des actes dont M. Strassmaier a publié le texte renferme une demande de ce genre comparable à celle que nous avons citée dans la pre- mière partie de ce travail , après l'avoir publiée dans notre notice sur les contrats de mariage et d'adop- tion :

« Nebonadinahi , fils de Belahi erib , parle ainsi à Sungina , fils de Musallimu :

« Ina Essaggil manaat, la vierge, ta fille, donne-la « en mariage à Upallitsugula , mon fils. »

Le scribe continue en ces termes :

« Sungina (le père de la fille) l'écouta et il donna Ina Essaggil manaat, la vierge, sa fille, à Upallitsu- gula , son fils. »

Après cela vient l'indication de la dot livrée au père du fiancé, avec la jeune fille, par le père de celle-ci, dot [nadnnnu) dont il est donné reçu.

Le père qui avait reçu la dot de sa bru en répon- dait d'ailleurs, comme autrefois le mari du serïkta de sa femme , et une autre tablette nous montre bien

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 81

les conséquences possibles de cette répondance, alors qu'il ny avait plus de tirhata. En eflet, la dot, cette fois , consistait en une somme d'argent , et , comme le père de famille avait voulu céder à un tiers une pro- priété patrimoniale qui était entrée pour beaucoup dans son crédit aux yeux de celui qui lui avait versé cette somme, la bini réclama : et elle obtint que cette propriété, malgré lacté formel d'aliénation, conti- nuerait à constituer son gage jusqu'au jour où, après la dissolution de l'union conjugale, on lui aurait rendu en entier son argent; que jusque-là aucun possesseur autre ne pourrait y mettre la main. Cela ressemble singulièrement à notre hypothèque légale; car il n'est pas dit qu'avant cela il y ait eu conven- tion formelle d'hypothèque établie au profit de la femme sur cet immeuble de famille; on tendrait donc à croire que quand le tirhata, c'est-à-dire le dépôt spécial fait par le mari en équivalence du se- rikiade la femme, avait été supprimé, il avait élc remplacé par un dfoit abstrait, par une hypothèque légale , s'étendant cette fois sur la totalité des biens du conjoint en question ^

' Sous Nabuchodonosor le Grand cl sus successeurs, la l'eumic chaidéenne a repris à peu près la siluation qu'elle occupait dans la famille deux mille ans plus lot, au moment où Hammourabi fil son code. Cesl Tégale, l'associée, la compagne fidèle de son époux. Que celui-ci soit un commerçant ou un fermier, sa femme, nous l'avons déjà dit, s'oblige avec lui, le plus souvent d'une fa«,-on so- lidaire, relativement aux conséquences de son fermage ou de son négoce. Comme en France , le régime de la communauté est le ré- gime matrimonial le plus babiluel, celui qu'on suppose, à défaut de conventions autres. Aussi, dans les ventes, a-l-on soin de faire

VII. 6

iHnilNCME JlATIOSALC»

82 JAiNVlEU-FEVRIER 1906.

Nous savons d'ailleurs par la requête de Bunani- tum que , durant le mariage , la femme babylonienne,

intervenir la femme, soit comme co-vendeusc, soit au moins comme assistant à la confection de lacté et lapprouvant par sa présence. En effet, l'acheteur ne pouvait pas entrer dans 1 étude des conven- tions matrimoniales qui avaient pu intervenir dans la famille de son vendeur. Mais l'intervention de la femme , sa coopération à la vente, ou, pour le moins, l'approbation quelle manifestait en as- sistant à la confection de cet acte, — où sa présence était men- tionnée avec soin , — suffisait pour le garantir contre toute éven- tualité,

Si le régime matrimonial était celui d'une communauté portant à la fois sur tous les biens des deux époux , on n'eût point admis en droit babylonien, où tout était basé sur la bonne foi, que la femme vînt invoquer ses droits de co-propriétaire pour attaquer ensuite un acte auquel elle avait participé.

Si le régime matrimonial était, au contraire, un régime dotal, et si la femme avait acquis des droits réels sur cet immeuble, soit en garantie de sa dot, soit en échange de quelque bien faisant partie de cette dot ( car, ainsi que nous le verrons en étudiant par- ticulièrement les régimes matrimoniaux dans la Chaldée, toutes ces hypotlièses étaient également possibles] , le consentement formel de lu femme donné au contrat d*aliénation , lorsqu'il se faisait, suf- fisait pour valider cette aliénation.

Le droit babylonien admettait bien qu'on vendit par mandat sa cbose. L'adhésion à l'acte valait un mandat formel.

D'ailleurs uiêmc dans le droit romain de la dernière ép(Mju<*, ([uand le droit des gens y eut introduit l'hypothèque, cette insti- tution y tut admise n>cc les principes par lesquels les Babyloniens Taxaient réglée. Tout créancier hypothécaire qui assistait sans réclamation , sans opposition , à la vente faite devant lui , par son débiteur, du bien engagé, était censé avoir renoncé, par cela même, à son hypothèque. Il n'était nullement nécessaire que cette renonciation fût indiquée dans l'acte ou même qu'elle fût formulée d'une manière quelconque; la présence du créancier ne contredisant pas suffisait. C'était par excellence le cas où Ton appliquait le proverbe i « Qui ne dit rien consent. » On peut même trouver que les Romains allèi*ent trop loin; car, par excès de ron-

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 83

quand elle croyait sa dot en danger, avait le dix)it de réclamer et d^obtenir ainsi des garanties réelles spéciales pour remplacer Tancienne garantie du tirhata.

Nous rappellerons également un acte curieux cité plus dune fois par nous, le procès-verbal des obser- vations faites par le beau-père d'Iddina Marduk, dont le père était sur le point de faire faillite, au su- jet de la dot qu'il n avait pas versée et qu'il ne vou- lait pas verser sans garantie réelle, de peur qu'elle ne fût saisie par les créanciers du failli, comme faisant partie du capital de la famille. Iddina Marduk, que son père avait certainement émancipé dans

fiance clans la preuve teslimoniale , ils n'exigèrent pas la mention pour le contrat de la présence du créancier ainsi dépouillé de ses droits réels : et ce dut devenir chez eux l'occasion de fraudes fré- quentes ; car, ne jouant aucun rôle dans l'acte et n'étant pas in- terpellé à son sujet, le créancier pouvait ne prêter aucune attention à cet acte, réduit souvent à des stipulations ou conventions ver- bales. Sur la plupart des points , le droit babylonien se montre beaucoup plus savant , beaucoup plus juridique à proprement parler, que ne le fut jamais le droit romain.

Ce que nous avons dit déjà sur les circonstances dans lesquelles se trouvaient les Babyloniens du temps de Nabuchodonosor nous u fait sentir quelle difficulté leurs jurisconsultes devaient rencontrer pour établir une jurisprudence un peu cohérente en ce qui tou- chait les situations relatives du chef de la famille, de ses frères cl de ses enfants.

L'égalité entre les deux sexes continuait à être un peu sacrifiée lorsque les droits des filles se trouvaient en conflit avec les droits des frères. Mais il y avait remède à cela dans le pouvoir accordé au père de fixer la dot de sa fille au moment où il la donnait en mariage à un étranger. Nous avons vu aussi le jeu des quasi testaments basés sur le droit religieux et qui étaient accordés même aux mères.

84 JANVIERFEVRIER 1906.

rintervalle, affecta des esclaves qui lui apparte- naient en propre et le reste de ce quii regardait comme sa fortune particulière en garantie spéciale de cette somme d'argent versée par son beau-père à cette condition.

Mais il est temps d'en venir maintenant à l'examen attentif de la question de la dot à l'époque classique , dot que nous avons dit s'appeler alors naàanna, c'est- à-dire du nom même qui servait de synonyme à rir- liait dans le code d'Hammourabi. Cela est d'autant plus urgent que, dans les derniers exemples cités par nous à propos de la situation de la femme ^ l'époque secondaire , il est sans cesse question de la dot , c'est- à-dire du nadanna.

Nous avons dit que, comme autrefois le seriktu, le nadannu était livré au mari avec la femme.

Un très bon exemple s'en trouve dans le n° i 1 5 de Liverpool daté de Nériglissar et portant :

« Marduk-sar-uzur donne [itdin) 5 mines d'ar- gent, plus tant d'esclaves et de bêtes de somme, avec [itti) la femme Suma-ibrisa, sa fille, comme dot [ana nadunnie) à Nebokanzir, fils de Bel balit. Nebo- kanzir reçoit sa dot [nadiimma) des mains de Mar- duk-sar-uzur. »

Je pourrais citer un grand nombre de textes ana- logues.

Parfois c'est le frère qui remplace le père.

Il en est ainsi dans le n° 2 58 de Nabonid et dans le n^'jg de la collection de Liverpool. Dans ce derrjîer, Musallim Marduk , fils de Nebosumaiskun , donne une

LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 85

propriété foncière en dot [nadunnaa) de la femme Habaranatam, fille de Nebosuma-iskun. Mussalim Marduk donne cela dans la satisfaction de son cœm^ avec la femme Habaranatum, sa sœm% à un fils de Marduk Nazir dont le nom est elTacé. Dans le n° 990 de Nabonid ce sont encore les frères qui dotent leur sœur.

Nous avons aussi parlé de femmes contribuant à doter leurs filles ou leurs petites filles : les n"" 363 et 368 de Nabuchodonosor en fournissent de bons exemples.

Parfois la dot [nadunmi) n est pas payée en entier; il y a un reliquat. Dans le n° i3o de Cyinis, la dot est en partie en nature d'immeubles , en partie dans la caisse du père. Le n" 9*7 de lâverpool (ou 3/i8 du nouveau numérotage) renferme aussi un reçu relatif au reliquat de la dot de la femme Sukaitum. Il en est de même du n" 1821 du Louvre, égale- ment relatif à un reliquat de dot.

Parfois il ny a eu quune dictio dotis. Le n" 2 1 4 de Cambyse porte ainsi : « Sur ce que Itti-marduk-baladu en dot [ana nadunnie), avec sa fille Tasmitum, à Itti- nebo-baladu avait dit [iqbuu), tout largent, à savoir 10 mines, 5 esclaves, un mobilier de maison, Itti nebo-baladu n'a pas reçu d'itti-marduk-baladu. « Les n°' 2 1 5 , 2 1 6 et 2 1 y sont relatifs au règlement de cette aflaire.

Il est aussi question d'une dot en paroles dans le n° i54 de Liverpool déjà visé plus haut, relatif il une garantie donnée pour une dot, et on y lit :

80 JANVIER-FÉVRIER 1900.

(tZiria, fils de Neboibni, à Iddina Mardiik, fils de Bazaa, a dit à savoir : 7 mines d'argent, 3 esclaves et la jouissance d'une maison, sans compter 3 mines d'argent qui en paroles [ina (jabba), avec la femme Ina Esiggai ramat, ma fille, en dot {nudanna)^ si je te remets, les créanciers gagistes, qui se sont précipi- tés sur Bazaa , ton père , feront être cela en compte. » Iddina Marduk répondit qu'en représentation (feanm) de la dot [nudnnnie] en question, il engage [iknuuk] tels ou tels biens meubles et immeubles et qu'il confie ces choses par devant la femme Esaggil ramat, sa femme.

C'est, on le voit, l'équivalent de l'ancien tirhata.

Le procès de Bunanitum , publié d'abord par Pin- ches, et dont j'ai donné une traduction rectifiée dans mes obligations, p. 358, est très intéressant à consulter sur l'emploi des fonds dotaux. J'y reviens, bien qu'y ayant déjà fait plus haut allusion. Voici la requête de Bunanitum fille d'Harizaia, qui parle ainsi aux juges de Nabonid, roi de Babylone :

« Binaddu Natanu m'a prise pour femme et a reçu ma dot [niidunna) de trois mines et demie d'argent. 11 m'a fait engendrer une fille. Moi et mon mari Bi- naddu Nataim nous fîmes vente et achat sur l'ar- gent de ma dot et nous achetâmes l'un et l'autre, en l'an 4 de Nabonid , huit perches d'une maison bâtie sur le territoire d'Ahougalla dans Borsippa, pour neuf mines et demie d'argent, que nous avons eues à titre de prêt de Tddina Marduk, fils de Bazai, de la race

LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 87

de Nursin, et que nous donnâmes sur le prix de cette maison. Gomme je réclamais sur ma dot à Binaddu Natanu, mon mari, Binaddu Natanu, dans la satisfaction de son cœur, fit un acte scellé sur les huit perches formant cette propriété qui est dans Borsippa et il me les confia pour les jours futurs. Dans mon contrat il s'exprima ainsi : Deux mines et demie d'argent que Binaddu Natanu et Bunanitum de la face de Iddina Marduk avaient empruntées et en prix de cette maison avaient données ensemble , ils les payeront. Il scella cette tablette et y écrivit ladjuration des grands dieux. Dans Tannée 5 de Nabonid, roi deBabyione, moi et Binaddu Natanu, mon mari, nous prîmes Bînaddu-amara à Tétat de fils, nous écrivîmes la tablette de son adoption et nous assignâmes deux mines dix sekels d argent et la possession d'une maison, en dot à la femme Nupta, ma fille. Le destin emporta mon mari, et par la suite Akabi-ilu, fils de mon beau-père, fit des revendications sur la maison et tout ce qui était garanti par son sceau et confié à moi , et sur Nebo- nurilani que nous avons acquis pour argent de Nebo-ahi-iddin.

« En votre présence j'ai apporté cela. Faites être son jugement. »

Le procès-verbal du jugement est ainsi conçu :

« Les juges écoutèrent leurs paroles. Ils se firent lire les tablettes et les obligations que la femme Bu- nanitum apportait en leur présence; et ils ne mirent

88 JANVIER-FKVRIER 1906.

pas en possession Akabi-îiu sur ia maison de Bor- sippa qui avait été confiée, pour représenter sa dot, à la femme Bunanitum et à Binaddu-amara d'après leurs contrats.

«En conséquence Iddina Marduk comparut et reçut deux mines et demie, son argent donné pour prix de cette maison , et ensuite Bunanitum reçut trois mines et demie de sa dot et la moitié quelle possédait sur Nebo-nurilani. Nupta reçut aussi selon le contrat de son père. »

Nous n'énumérerons pas ici la multitude de documents que nous avons recueillis sur la dot ^ toujours .traduite par le mot nudunnu, Quil me suf- fise de signaler encore : le n° i65 de Nabonid relatif à la reprise de la dot sur le père du mari; le n** 3 69 (le Nabuchodonosor sur une autre dot reprise et transmise; le n" i83 de Cyrus contenant une demande en mariage qui n est pas faite par le père du fiancé, comme celle que nous avons reproduite précédemment, mais par le futur mari lui-même. Celui-ci , après le consentement du père de la jeune fille et la fixation de la dot, s engage à payer six mines d'argent le jour où il abandonnerait sa femme ot en prendrait une autre. La répudiation ici prévue se trouve effectuée dans d'autres actes de la même période. Je citerai aussi les n" 359-860, datés de Tan lio de Nabuchodonosor et constatant d'ailleurs

* LiVERp, i5, 55, 42, ^, 98, 162, 160; N«ibonid, 70, 3 '18, 387; Nabuchodonosor, 869 , 2^i5; Cyrus, l'n , 129. i3o, etc.

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 89

l'absence d enfants nés de 1 union, depuis le mariage qui avait eu Heu en Tan 28; enfin ie n** 1 13 deNa- bonid relatif au contraire à un mariage qui n'avait pas été stérile.

Cette tablette est rédigée en présence d un magis- trat de Tétat civil, le scribe de la ville de Shippara.

La vie commune va cesser entre le mari , d une part, et, dune autre part, sa femme et son fils. Il est convenu que le mari payera désormais à titre de pension alimentaire , tant à sa femme qu à Tenfant qu'elle gardera avec elle, par jour, quatre mesures qa de céréales , trois mesures ka de boisson ; par an , un epha d'huile, un eplia de douceurs (probable- ment de miel ou de confitures), et en outre quinze mines pesant (c'est-à-dire environ i5 livres) de laine pour fabriquer leurs vêtements. Désormais l'au- torité soit maritale, soit paternelle lui est enlevée: a il n'ordonnera plus » ni itsibie , il ne pourra plus effectuer aucun prélèvement, c'est-à-dire qu'il ne pourra plus rien enlever ni à la femme ni à l'enfant de ce qui sera leur pécide. Ce n'est pas un divorce; car il n'y aurait pas besoin de dire qu'il n'aurait plus le pouvoir d'ordonner à qui ne serait plus sa femme. C'est la séparation de corps, motivée certainement parles fautes du mari, sans doute par sa brutalité; cardans ce cas, il est naturel que la garde de l'en- fant soit donnée à la femme, comme on le fait encore chez nous dans de semblables circonstances ; mais l'union conjugale subsiste.

H ne paraît pas en avoir été de même dans le

90 JANVIER-FEVRIER lOOft.

n" 'iyS de Gambyse. I^ femme, épouse de Belbalit, scribe de Samas , qui lui envoya le dappu , assistée de ses trois fds, s'adresse alors à son mari Belbalit, pour fixer ses obligations personnelles à dle-même, à partir de ce jour.

Qu'était d'abord le dappii qu'elle avait reçu de son mari?

Le mot dappa a des acceptions très larges. D'une façon générale, il désigne un acte authentique; par exemple, dans l'article i yy du code d'Hammourabi, l'arrêt d'un juge; dans l'artide 171, l'arrêt du père dérogeant à l'hérédité légale en faveur de son épouse; dans les articles 1 78 et 179, l'arrêt du père permet- tant à sa fille de léguer, contrairement à la loi, ce qu'elle détient, à qui elle voudra ; dans l'article 1 5 1 , l'acte authentique par lequel le mari, avant le ma- riage, protège sa femme contre les créanciers qu'il peut avoir; dans les articles 87 et 48, le titre qui doit être brisé ou qui ne recevra pas ses effets. Dap- pu a donc une valeur authentique plus accusée que rikistu (de la racine hébraïque rakas « lier ») signifiant une obligation ^ 11 ne se confond pas, non plus, avec knnnuka^ venant de la racine hanaku « sceller »^ dont

' Voir les articles 7, 47, 6a, 132, iâ3, ia8, 96^ du code d'Hammourabi. Conf, Liverp, 38, 7; 61, 12; 95, 17; 98, 89 et •j 9 ; Darius , 1 65 , Cyrus ,293, etc.

* Voir les articles 5, 150,179, 182,183 du code d^Hammourabi. Conf. LiYERP, 8, 20; 18, 3i; 29, 28; 6a, 39; 67, 4o; 69, 28; 71, 39; i36, 26; et pour la locution kima hanakisu «seloQ son contrat» , Livkrp, 87 , /|6 ; 175, 43.

^ LiYKRP, i5, 7; 42, 2i; A2, 12; 87, 7; 55, 8; 61, 12; 98,

LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 01

on retrouve un autre dérivé dans hanihi « consigna- tion d'argent ». Kunnaha est proprement un scelle- ment un document scellé. Il peut s'identifier soit avec un rikistvL , une obligation ordinaire ^ soit avec duppa, même dans le sens d'arrêt du juge^ ou du paterfa- milias^, magistrat dans sa famille.

H me semble certain que l'acte authentique, le duppUy délivré par le mari à sa femme et qui est l'occasion du document actuel, n'est autre que le repadiwn.

Continuons l'étude de notre tablette.

La femme de Belbalit , s'adressant à son mari , le scribe de Shippara, a la suite de ce dappa, lui dit donc : « Je n'entrerai pas avec mes fils dans la de- meure des hommes. J'habite avec mes fils. . . Ils grandiront... jusqu'à ce qu'ils demeurent avec les hommes. » Ensuite il est dit que le jour où cette femme irait dans la maison des hommes pour y entrer, selon l'écrit de l'acte qui est à la face de Belbalit, scribe de Shippara, elle lui remettrait ses trois enfants.

Ceci est une application — déjà un peu lointaine — du code d'Hammourabi.

L'article 1 3 7 portait : « Si un homme se dispose à renvoyer soit une concubine , qui lui a donné des

2 et 17; iSa, 16; iS^, i5; i54; 1^; 157, 3. Nabiichorlonosor, iibzyik, etc.

' Art, 179. 182 . i83.

- Art. 5 du code.

^ Art. i5o et 66.

92 JANVIER-FEVRIER 1906.

enfants, soit une épouse que a produit des fils, il rendra son serihiu à cette femme et lui donnera l'usu- fruit de champ, verger, ou autre bien. Elle élèvera ses fils. Après qu'elle aura élevé ses fils, une pai't lui sera donnée, comme à un fils, de toutes les choses qui seront k ses enfants, et elle épousera répoux de son choix. »

L'article i38 ajoute que, s'il s'agit d'une femme qui n'a pas donné d'enfant a son mari , celui-ci lui laissera tout l'argent du tirhata ou don nuptial offert par lui , ainsi que le serikin ou la dot qu'il a reçue de la maison de son père , et qu'il pourra ensuite la renvoyer.

Enfin , d'après les articles i Sg et i /io , il est dit que , s'il n'y avait pas de tirhatu, il lui payera une mine d'argent pour son uzubba, l'action de la mettre dehors, ou le repudiam, quand il s'agit delà fille d'un homme libre ; et seulement un tiers de mine , quand il s'agit de la fille d'un masenkak, ce que M. Koehler a traduit avec raison par ministena/^, c'est-à-dire, d'après la comparaison des articles 8, i5, i6,i4o, lyS, 176, 177, 198, 201, 20A, 208, 211,216, 219, 2 2 2 du code , d'un homme employé a l'administra- tion, comme les affranchis ou les esclaves publics des Romains.

Le maJ^nfcafc jouissait, a ce titre, d'une situation intermédiaire fort curieuse. Il en résulte :

1*" Une aggravation de peine par rapport à l'homme libre si on lui vole ou on lui détourne ses bestiaux, sa barque, son esclave.

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 93

2° Un abaissement , au contraire , dans 1 amende ou les tarifs, sH s'agit, soit d'un divorce dont il prend la responsabilité , soit des violences exercées contre lui- même , contre sa fille , etc. , soit des soins à payer au médecin. Il se trouve pour ce dernier article classé à côté de l'esclave. Dans certains cas spécifiés, un homme libre paye i o sicles, un masenkak 5 sicles, xm esclave 2 sicles. Dans d'autres cas moins graves, l'homme libre paye 5 sicles, le masenkak 3 sicles, l'esclave d'un homme libre 2 sicles. En revanche on coupe les mains au médecin qui n'a pas réussi, s'il s'agit d'un homme libre; s'il s'agit de l'esclave d'un masen- kak, le médecin rend esclave pour esclave.

Une remarque encore : les articles i-yS et 176 permettent à un esclave actor ou vicarias de masen- kak d'épouser la fille d'un homme libre aussi bien qu'à un esclave du palais. La situation était donc analogue et elle s'explique fort bien quand on se rap- pelle ce que nous avons développé longuement dans notre ouvrage sur « la créance et le droit commercial dans l'antiquité. » En somme il nous paraît probable que le masenkak éttiit un tarbana, c'est-à-dire, nous l'avons développé longuement dans un autre travail spécial, un affranchi. Les affranchis chaldéens qui, comme ceux de Rome, pouvaient être réclamés par leur ancien maître pour cause d'ingratitude , occu- paient, par conséquent, une place intermédiaire entre les hommes libres et les esclaves. Mais , comme les masenkak étaient des affranchis publics, on ga-

94 JANVIER-FÉVRIER 1900.

rantissait d'une façon spéciale les biens qu ils étaient chargés, d administrer .

Quant à leurs propres esclaves , associés par eux à ladministration , ils avaient une situation, somme toute , bien préférable à celle des esclaves ordinaires.

Mais nous voilà bien loin de la question du di- vorce — entraînés que nous avons été par i article relatif à lamende de divorce imposée au masenkak ou à sa progéniture mâle.

Quant aux femmes, bien entendu, elles ne pou- vaient envoyer le répudiant h leur mari, d'après le code, si dur pour elles, d'Hammourabi.

La législation promulguée par lui est , à ce point de vue, fort curieuse.

Voici d'abord les articles relatifs au désir de la femme de s'en aller,' qui suivent immédiatement ceux relatifs au repadiamde l'homme que nous avons i^produits plus haut.

Vrticle ifn, La femme demeurant dans la mai- son d'un homme qui dispose sa face pour sortir, produit division, ruine la maison, laisse son maii, sera citée en justice. Si le mari dit : « Je la fais sortir » , il lui laissera le chemin libre et ne lui donpera rien pour prix de son renvoi. Si le mari dit : « Je ne la ren- voie pas » , il pourra épouser une autre femme , et la première restera comme servante dans la maison de son mari.

Article i /12. Si une femme hait son mari et dît : « Tu ne me posséderas pas » , on examine son affaire;

LA FEMME DANS LANTIQUITE. 95

si elle est ménagère, sans faute, et que son mari sorte et la laisse, cette femme nest pas coupable. Elle prendra son ierihtu. et s en ira dans la maison de son père.

Article i43. Si elle n'est pas ménagère, mais coureuse, ruine sa maison et néglige son mari on la jettera à 1 eau.

Ainsi le divorce qui est laissé à la pleine disposi- tion de rhomme , sans qu'il soit besoin d'alléguer au- cun motif, n'est, au contraire, point licite dans ces conditions pour la femme. Le juge seul peut le pro- noncer pour les fautes graves du mari. Mais cette instance est bien dangereuse , puisque , si la femme ne réussit pas dans son procès, elle est, ou bien ré- duite à l'esclavage dans la maison même de son époux remarié, ou bien punie de mort, alors même qu'elle n'est point du tout accusée d'adultère.

Il va sans dire, que la femme qui a trompé son mari est punie de mort , comme d'ailleurs son com- plice, sauf le bon plaisir du mari pour la femme et du roi pour l'homme (art. 129). Le fait seul d'avoir été montrée au doigt à propos d'un autre homme est puni pour elle seule, tandis qu'on condamne sévè- rement, nous l'avons vu, celui qui a montré au doigt une prêtresse. Cependant, si la femme inno- cente prête serment , elle peut retourner chez elle (art. i3i et i32).

Les articles suivants concernent un cas dont il fut souvent question plus tard dans le jus gentiam

96 JANVIER-FEVRIER 1906.

grec ou romain , celle de la captivité des ingénues et du post liminianit avec ses effets légaux.

Art. i33. Si un homme a été lait captif et s'il y a de quoi manger chez lui , et que la femme sorte de sa maison pour entrer dans une autre maison — parce que cette femme n a pas gardé son corps et est entrée dans une autre maison — on la jettera à feau.

Art. 1 34. Si alors il ny a pas de quoi manger et qu elle sorte, il n y a pas de faute.

Art. i35. Si dans ce dernier cas elle a enfanté des enfants dans une autre maison, et si le mari revient à sa ville, la femme retournera vers son mari et les enfants suivront le père.

Art. i36. Si un homme a abandonné sa ville et s est enfui , et si sa femme est entrée dans une autre maison , sa femme ne le reprendra pas s'il revient , el restera où elle est.

Au fond, de la volonté propre de la femme il n'est nullement question dans tout ceci. La femme est une sorte d'esclave qu on peut revendiquer ou non.

D'ailleurs, on ne suppose pas plus chez elle de sentiments affectueux cpie de volonté agissante. A-t-elle faim ou non ? Est-elle délaissée ou violen- tée pai' son mari , alors cpi'elle est pleinement inno- cente et dévouée à ses devoirs ? tout est là. Si Ton

LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 97

répond dans ces deux cas par rafiirmalive , on Tex- cuse. Dans le cas contraire, on s'en débarasse de la façon la plus brutale.

PourThomme, on est, au contraire, plein dm- dulgence. Si un homme a connu sa fille , on se bornera aie chasser de la ville (art. 1 54); s'il a connu la fiancée de son fils , il lui donnera une demie mine d'argent et tout ce qu'elle a apporté de la maison de son père, et elle pourra épouser qui elle voudra (art. i56). De l'adidtère dans la maison conjugale, adultère puni de mort s'il s'agit d'une femme , il ne peut être question pour lui.

Sa femme n'est d'ailleurs là que pour avoir des enfants et remplir ses devoirs conjugaux. Si elle est malade, et que le mari veuille en épouser une autre , il le peut ; mais il ne renverra pas sa femme. Elle restera chez lui et sera nourrie pendant sa vie (art i48).

Si cependant elle veut s'en aller dans ces condi- tions, on lui rendra son serïktu (art. lAg).

Si la femme, bien portante, n'a pas d'enfant, et si son mari veut prendre dans sa maison une concu- bine, il le peut (art i/i5).

Si , pour éviter ce résultat , la femme a choisi elle- même une servante qu'elle a donnée à son mari pour en avoir des enfants , comme Sara fit pour Abraham , ilne pourra pas prendre de concubine. Mais si cette servante , devenue mère , rivah'se avec sa maî- vn, 7

XATtOXiLJI.

98 JANVIEH-FEVRIER 1900.

tresse, on la marquera et on la comptera parmi les servantes , sans pouvoir pomtant la vendre (art. 1 4 4 et 1 46). Si cette Agar na pas d'enfant, sa maîtresse pouiTa la vendre pour argent (art. i 47).

Nous avons déjà dit plus haut que la concubine, sagetim (mot qui se retrouve dans le chaldaïque de Daniel sous la forme sugela ou sugelet et qu on a alors traduit par nxor), était assimilée à Tépouse [assata) en ce qui concernait le repadium, si Tune ou lautre était mère (art iSy). Il en est sembla- blement ou à peu près pour la fille de la sage^- tim. ou la fille de Tépouse. L'ime et l'autre doivent recevoir un ierikia du père ou, à son défaut, des frères, seriktu (ormant son unique part dans fhéri- dite paternelle (art. i83-i84).

Quant aux enfants de la servante , ils peuvent de- venir héritiers, même quand cette servante n'a pas été donnée au mari par sa femme dans le but de la remplacer. L'article 170 décide, en effet, que, si à quelqu'un , son épouse a donné des enfants et aussi sa servante, et si le père, de son vivant, a dit à ces derniers : « Vous êtes mes enfants » et les a comptés avec ceux de l'épouse , ils partageront par égale part avec eux; s'il n'a pas fait cette déclaration , les enfants de l'esclave ne partageront pas, mais ne pourront être vendus.

Ceci rentrait dans la puissance du pater famitiu ^ pouvant, aussi de son vivant, donner un bien à sa

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. M

femme, à sa fiUe ou à son fils, donation qui, pour ce dernier, n'empêche pas son droit de partager à égales parts avec ses frères, dans ce qui reste de Thérédité. Mais ceci prouve aussi que l'union charnelle de l'homnie marié avec sa servante, non désignée par sa femme , était licite et n'était point comprise dans les interdictions relatives , en certains cas , à la con- cubine et dont nous avons parié déjà.

La pauvre épouse était donc obligée à supporter bien des choses. Elle avait beaucoup de devoirs et peu de droits; un des derniers privilèges quon lui laisse c'est de se faire garantir, avant le mariage, contre les créanciers du mari et d'éviter ainsi d'être livrée à l'état d'esclave ou de nexa [sirt. i5i). Il est vrai que si elle n'avait pas pris cette précaution , son es- clavage temporaire cessait, comme pour tous les ingénus, au bout de quatre ans : ce qui a fourni plus tard à Moïse l'idée du jubilé septennal , et à Amasis celui du cens quinquennal et de ses effets, également rdktifs à la libération des nexi.

L'article la-j spécifie, en effet, pour le père, le droit de livrer sa femme, son fils ou sa fille pour une dette — sujétion dont ils sont affranchis la quatrième année.

Quant à l'esclave qui a donné des enfants au maître, celui^i est obligé de la racheter, tandis que les esclaves ordinaires sont aliénés pour toujours. Notons que l'usage de vendre pour un temps, en garantie d'une dette, son fils ou sa fille, a subsisté à Babylone jusqu'à l'époque classique.

100 JANVIER. FEVRIER 1906.

Le n° 70 de Nabuchodonosor concerne ainsi un fds vendu par ses parents pour prix compensé.

Le contrat 1812 du Louvre est un acte de gage conçu d'après le même principe :

« 5 sekels touchés en argent, capital de Nebokinziru, fils de Nebokinabal , sur la femme Ziraa , fille de Be- lahierib. La femme Riniut-nana, fille de la femme Ziraa, a été prise en gage de Nebokinziru. Possesseur autre sur cette femme ne mettra pas la main. La femme Rimut-nana habitera en présence de Nebo- kinziru à titre desclave, jusqu'à ce que Nebokinziru ait reçu son argent. La femme Ziraa donnera par jour 5 sahia h la femme Rimut-nana. Elle rendra l'argent à Nebokinziru, tel mois de telle année de Nériglissar. L'argent produira par mine 1 2 sekels à sa charge. »

Ce fait de confier une jeune fille à un homme à titre de gage paraît peut-être un peu dangereux. Mais la femme, son honneur et ses goûts com^p- taient pour si peu de chose sous l'empire du code d'Hammourabi que la mère, agissant ainsi sous Nériglissar, paraît seulement un peu trop conserva- trice de vieilles coutumes qui tendaient de plus en plus à s'adoucir.

Déjà, à l'égyptienne, des contrats de mariage du temps prévoyaient pour les interdire le mépris de la femme ou, l'adjonction d'une nouvelle épouse.

R se passait alors ce qui se passa quand, du temps des comiques de seconde période, l'épiclère d'Athènes était devenue une héritière.

LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 101

Mais avant den arriver à ce retour aux vieux usages il faudra de longs siècles.

En effet, à partir d'Hammourabi et longtemps encore, dans les dififérents pays, tous les législateurs se plaisent à qui mieux mieux à abaisser la femme.

[La suite au prochain cahier.)

NOTICE SUR DADtSÔ' QATRAYA. 103

NOTICE

SUR LA VIE ET LES OEUVRES DE DADÎSÔ' QATRAY4,

PAR

M"" ADDAI SCHER,

ARCHRVROUË CHALDBEN DR SlîlRT.

I

Kbec^ésus de Nisibe dans son Catalofine des Écri- vains syriens ^ s'exprime ainsi : i^\-ju.Mw=3 .b^Ajc»^-^

« Dadîsô* l*habile , annota le Paradis des Moines Occidentaux, et expliqua (le livre de) Tabbé Isaïo; il écrivit un livre sur la vie monastique, des traités sur la sanctification de la cellule, et des discours pathétiques dé consolation^; il composa aussi des lettres et des questions sur la paix du corps et de l'esprit. M

* Apud AssKMANï ,B.O,, t. TU, pari, ï, p. 98-99. 2 Discours funèbres.

104 JANVIER-FÉVRIER 1906.

Assemani, après avoir reproduit le passage d'Ebed- jésus, ajoute en note : «Dadjesu, Abrahami disci- pulus et in praefectura Cœnobii Izlensis successor, cujus vitam Thomas Margensis in Hist. monast. part. I, cap. 4, describit bis verbis. • . [suit le pas- sage de Thomas de Marga^ et Assemani poursuit:] In Epitome Canonum Sobensis , part, vn , cap. 4 , post undecim Abrahami, cujus supra facta estmen- tio, Régulas, referuntur tredecim ejusdem Dadjesu Canones, quospro laudati cœnobii regimine condi- dit. Titulus : i^S.2oaSk.=3^ .^^ojt»':v^ >\20':v i^'oxn .•^jcn'vrDr^ ^-x-so-^ cnnVura -^xjotv : i^raS Canones Mar Dadjesu Abbatis Cœnobii Magni, qaiMar Abra- hamo successit. »

Assemani, ici, comme en d'autres endroits, iden- tifie deux écrivains syriaques du même nom ^.

Dadî§ô* , successeur d'Abraham dans la direction du monastère d'Izla , était originaire du Bêth Ara- mayê ^ et vivait à la fin du vf siècle ; il devînt supé- rieur du grand Couvent en Tan 899 des Grecs (588)*,

^ Dans BuDGE , The Book of Governors ^ t. II , p. 4 a et suiv. ( ch. v ).

^ J*ai déjà redressé cette erreur et d*autres dans mon ouvrage chaldéen intitulé : Jardin des Ecrivains, qui est sous presse; et dans mon opuscule arabe sur l'Ecole de Nisibe [Beyrouth, igoS).

^ Le Livre de la Chasteté, n" 38. Babai le Grand, dans la vie de Guiwarguis martyr (édition Bedjan, p. 424), dit que ce DadSSô' était de ia contrée de Bétli Darayê. Mais le Béth Darayé était une partie du pays de Béth Aramayé.

^ Date fournie par le livre d'Ébedjésus de Nisibe intitulé : Règles des jugements ecclésiastiques (cf. Labourt, Le Christianisme dans l'empire Perse, p. 817 ). D'après le même livre où on lit : 8* année de llormizd, la date coïnciderait avec le 8 janvier 58fi.

NOTICE SUR DADlàÔ* QATRAYA. 105

Cette même année , au mois de janvier, il composa les canons monastiques, dont parle Assémani^ Il mourut en 60 4*. Sa vie a été écrite par son suc- cesseur, Babai le Grand ^. Thomas de Marga^ et Isô^dnah de Bassorah^ nous ont transmis une notice sur cet auteur.

Dadîsô* Qatraya, dont les ouvrages sont men- tionnés par Ébedjésus de Nisibe , dans le passage que nous avons cité, vivait environ un siècle après Dadî§ô* d'Izla. Quelques passages de son Commentaire sur le livre de labbé Isaïe de Scété, ne laissent aucun doute à ce sujet.

1 ° Dans le Traité XV, chap. v, Dadîsô' Qatraya cite Barhadbsabba*Arbaya®,qui vivait au commencement

* Ces canons , avec ceux de son prédécesseur Abraham , ont été publiés avec une traduction latine par M. Tabbé Chabot : Regulae monasticae ah Abrahamo et Dadjesn conditae, Rome , 1 898.

^ Date fournie par une compilation historique anonyme (voir A. ScHER , Catal. des manuscrits etc, , conservés dans la bibliothèque épiscopale de Séert , cod. 127]. Il y est dit que Babai le Grand, successeur de DadiSô', mourut la 38' année du roi Chosroès ( II ) , après avoir dirigé le couvent d*Izla 24 ans.

^ P. Bedjan, Histoire de Mar Jabalaha etc., 2* éd., p. 424-/126.

* Hist, Monast., liber I, cap. 5.

* Livre de la Chasteté, n° 38.

^ Barhadbsabba était originaire de la région de Bêth 'Arbayô , comme Tindique son surnom ; il était disciple de Henana d*Adia- bène , ainsi qu*il le déclare lui-même dans son traité sur les Écoles ; il a été consacré ensuite évéque pour Halwan , et c'est en cette qua- lité qu'il assista en 6o5 au concile de Grégoire (voir ChabcT', Syndicon Orient, , p. 479]. La chronique anonyme publiée par Guidi , mentionne aussi pendant la vacance forcée du siège patriar- cal de Séleucie (609-628), Barhadbsabba de Halwan comme un écrivain célèbre.

106 JANVIER. FÉVRIER 1906.

du VII* siècle. «De même, dit-il, BarhadbSabba, le docteur, dans son livre des Trésors, dans le long dis- cours qu'il écrivit sur la connaissance de Tâme, après sa sortie (du corps), dit beaucoup de choses qu*îl prouve par des témoignages tirés des ss. Livres et des Docteurs de l'Eglise . . . i i^*^ y*n^v^\^ A^

2" Dans le Traite^ XIII, le même Dadi§ô' cite Babai le Grand et dit : « Une telle multitude d'hymnes et d'antiennes n'était pas en usage au temps des Pères anciens ; il est prouvé que cet usage n'etistait pas même au temps de nos ss. Pères de la géné- ration précédente. Ainsi le b. Mar Babai le Grand, supérieur du couvent d'Ida, qui vivait au temps du roi Chosrau, fils d'Hormizd, dans le livre qu'il com- posa pour l'instruction des novices, n'impose pas au frère de réciter des hymnes dans sa cellule dans l'of- fice des Gomplies. » i^Wio^. Vordii^^ ^n vÀm-rv i^V\m-.i.=3i^ »— soR % -1 \iam i<lA x^ ïni no

•Vvocn ^2L«^ n^cn Kf'K-^ *^nA^ ••t^je»*^\i3 ^obcat^ en I *n\-=3 i^ôcn-^ ô<n : t^-Av.^1^^ r^\jsn<\»\m^

NOTICE SUR DADtSÔ* QATRAYA. 107

Or Babai le Grand , dont parie l'auteur du livre , fut le successeur de Dadl§ô* dans le couvent dl2^a^ qu'il gouverna depuis la mort de celui-ci , cVst-à dire depuis 60 4 , jusqu'en 628^.

3® Dans le Traité XV, il cite encore Babai le scribe, auteur qui vivait au vn* siècle^. « L'heure de la mort est comme la vision que vit au moment de sa mort un des vieillards négligents, que men- tionne Mar Babai le scribe , dans son livre ^ : Un des Père», dit-il, qui était un peu négligent, vit à l'heuro de sa mort les démons qui s'emparaient de lui . . . » r^SDjDo ^sn AM t^vMn t^ou» ^t^\^ t^^oso X^jco

k" Dans le même Traité, chap. ix, il cite aussi le patriarche iSô^yahb III d'Adiabène , qui monta sur

* Voir Hist, Monattica de Thomas de Marga, lib. I, cap. 6,7, a8, 35; Livre de la Chasteté, n" Sg; B.O., t. III, i" partie, p. 9/1 ; Cbaaot, PÉeoU de Nisibe, ton Hiitoire, etc. , p. 44 , 45-d7.

^ Voir ci-dessus, p. 106, n. 2.

^ Voir ie Livre de la Chasteté, n" 76, et la compilation historique anonyme de Séert.

* Le titre de son livre était : De distinctione prteceptorum (Ebkd JÉSUS deNîsibë, apud Assemani, B,0.. t. lïï, part, i, p. 188).

108 JANVJER-FEVRIER 1906.

le trône patriarcal en 65o et mourut en 660 ^ : « Voici , dit-il , queMar Jsô yahb le Catholicos , fils de Bastouh- mag , issu d'une famille riche et illustre , homme docte et érudit, porta dès sa jeunesse le joug du mona- chisme. Elu patriarche, pour mettre fin à la lutte que lui livraient les envieux 2, il fut obligé de prendre la liberté de parler de ses bonnes œuvres, de se glorifier devant toute la foule de ces deux choses, à savoir : du sang cjuHl tirait aux frères , et de sa foi orthodoxe : « Deux choses , disait-il devant tous , sont requises de celui qui est élu pour gouverner l'Église , c est-à-dire la connaissance parfaite de la vérité et la pratique de la vertu. Or, si vous voulez, vous pouvez vous rendre compte de 1 étendue de mon savoir, par mon livre intitulé : Réfutation des opinioiw (hérétiques); quant au témoignage de ma conduite, je n'en invoque- rai pas d'autre que les ventouses par lesquelles je tirais le sang des frères , et qu'on peut voir encore main- tenant dans ma ceUule au s. couvent de Bêth-^Abê. >»

^ B. 0. , t. in , part. ï , p. 1 1 3 et suiv.

^ On sait qu'Isô*yahb se fit élire patriarche par ruse (voir Liher Tnrris, *Amr etSlîba; textus, éd. Gismondi, 1896, p. 56).

NOTICE SUR DADÎSÔ* QATRAYA. 109

AjoJL^ i^jso^ira .y^.yrxr% cvA^ yy^\xy \<nr:àyyL\^

..x^

A.ju^n..^^ô •• i^li^i^A i^:=o-^ Vvscicn .Yn ^oxri'^v

Tout ce que nous savons de la vie de ce Dadîsô^ Qatraya nous est appris par un passage de ses œuvres. Il était originaire du Bêth Qatar, comme rindique son surnom. 11 embrassa la vie monastique dans le couvent de Rabkennarê , ainsi que le montre le titre de son ouvrage, li habita également dans le couvent de R. Sabôr ^ et dans celui des Apôtres :

« La cause , dit-il dans l'introduction du traité XIIl, qui m'a empêché de réaliser votre ordre sublime, ô moines christophiles et mes frères en N.-S. , Mar Zekaîsô^ et Mar lazîdost, ce n'est pas, à Dieu ne plaise! la négligence, mais mon état continu d'infir-

' Peut-être le couvent de R. Sabôr et celui de Rabkennarê ne faisaient-ils qu un. Les deux couvents de Rabkennarê et des Apôtres paraissent avoir été situés dans les montagnes du Bétb Houzayé; celui de R. Sabôr était situé aux environs de la ville de §oustar.

110 JANVIER-FËVRIËR 1006.

mité. Quand j'étais au s. couvent de Kabkennaré , les vénérables et charitables moines, Mar Ahôb et Mar Âbkôi m'ordonnèrent de leur écrire dans un livre l'explication des sens contenus dans le livre d'Isaïe le grand. Par obéissance à leurs ordres, j'ai expliqué les six premiers traités. Ayant été ensuite gravement malade, je n'ai pu expliquer les autres traités. Étant v enu chez votre révérence , au s. couvent des BB. Apôtres, vous m'avez ordonné d'accomplir ce qui avait été déjà commencé. Confondu par vos prières amicales, j'obéis à votre ordre sublime. Et quand, grâce au secours de vos pures prières, j'eus encore expliqué sept discours, je fus empêché pour la deuxième fois d'accomplir l'ouvrage, à cause de la maladie et d'autres obstacles qui survinrent. Main- tenant que le Seigneur a voulu que j'aie un peu de répit, je me propose d'accomplir avec le secours de Notre-Seigneur votre commandement avanta- geux. » — Dans ce même traité XIII, il dit encore : a Et même quand j'étais (au couvent de R. Sabôr) , il se trouvait là de nombreux frères , qui accomplissaient les règles ...»

Aâ^ .i^cnHo^Q rdrbi^a.rp'^ i^^\ijC731^ y^Vvo^cujso ><; y t^ .n ttfv i?ao<\ \h ta «v^oos 9«\.^iC *v % ^^

NOTICE SUR DADÎàÔ* QATRAYA. 111

^sp yA Vuxi^ %i<^wnv»>^, i^mnoajs ^^r^Vvt^-^

■V \;r^73 ;Kli\.;ibii,a cv> ^.m ^(vitÀ é=30^ zn^vsot^o

KÎjcKr^ 1 >A i^ôcnô :»^j\.m r^^^-rv ^-rv t^jccn ^^^ '^ i^^iactA ^CL-sOi^^^ V\ ^ n \| Vk^ ? A, i> \ n . . .•:*«ÔP^^ ciM^-sic^v^D t^SVvom v^SaoOÀ.S3\ ViKiôs^ i^i£3\ ôcnca «ssx^ aà i^^cnci yi^JÂr<i ^^mVx ^^ Mm V\-»v^ : /no ^ y. ^-raS^

C'est donc dans la seconde moitié et vers la fin du vn* siècle qu il convient de placer notre auteur.

Outre les données précédentes nous pouvons en- core ajouter ceci: d'après un passage du traité XllI de son ouvrage, il aurait vu Rabban Sabôr /«sajy^ ajsl

€r

112 JANVIER-FEVRIER 1906.

•7>'vmc3). Et dans le traité XV, chap. ix , il men- tionne Rabban Khoudawi et Rabban Sabôr « de sainte mémoire ». (,^^oa-i\-^<i"^ t^'i*-vk^ »^^cn

i<2l»^ rAsooiw). Or, KôMenab de Bassorah nous apprend^ que R. Sabôr était contemporain de R. Khoudawi; et nous savons par ailleurs que celui- ci était contemporain du patriarche Georges (66 1- 68i)^, et mourut sous le calife Mo Wya (662-680)^.

II

Le seul des ouvrages de DadîSô^ Qatraya qui soit parvenu jusqua ce jour à notre connaissance est son Commentaire sur le livre de TabbélsaiedeScété*. Il

^ Livre de la Chasteté^ édit. Bbdjan, n°' 55, 79.

* Liber Tarris, ' Amr et Slîba , textus, édit. Gismoxdi, p. 57. ^ Compilation historique anT)nYme de Séert.

* [Isaîe de Scété passe pour avoir vécu au milieu du iv* siècle. Le texte grec de ses ouvrages est encore inédit, sauf quelques fragments publiés par Possinus dans son Thésaurus cuceticns (Paris, 1684), et reproduits dans la Patrologia Graeca de Migne, t. XL. Ces fragments sont tirés d*un ouvrage plus considérable, qui paraît être celui que Dadîsô' Qatraya a commenté , et dont une traduction latine a été réimprimée dans le même volume (Patr. Gr., t XL, col. 1 io5 et suiv.j. Les homélies ou discours [Orationes) sont au nombre de 29. Elles sont en général assez courtes et occupent en moyenne une ou deux pages, quelquefois moins. En voici les titres ; nquelques uns peuvent servir d'éclaircissement aux titres syriaques :

1. Praecepta adjratres qui cam ipso vivebant (cf. syr., tr. VUI). — 2. Démente secundum naturam (syp. IX), — 3. Ad frcUres ju- niores institutio (syr. X). — 4. Quid în itinere observandam (syr.

NOTICE SUR DADisÔ' QATKAYA. 113

est conservé dans un manuscrit qui se trouve dans notre biblothèque de Séert; ce manuscrit mesure 1 7 centimètres sur 12; il est composé de 2 2 cahiers de 10 feuillets; un dernier cahier manque. Le titre est : Explication des Traités^ du livre de Vahhé Isaïe, faite par Dadîsô^ Qatraya, [moine) du couvent de Rab-

XI]. — 5. Quœ observanda sant lis qui simul in fyacc hahitarc cupiunt (syr. XII). — 6. Qui honcstam qaietem cunplecti volnnt eos esse curiosos non oportere , neqne omissa peccatorum suorum considc- ratione tempus in rébus inutilibus consumere (syr. XIII ]. — ']. De virtntibas (syr. XIII). — 8. B, Isaiae abbatis apopktegmata. — 9. Ad cos qui mundo rennntiarunt (syr. V). — 10. Ejusdem curgumenti, — 11. De grano sinapi, — 12, De vino. — i3. Ad eos qui initiantur et lendunt ad perfectionem. — i4. B. Isaiae abbatis luctus et lamen- tatio, — ib. De mundi renantiatione, — 16. Ejusdem argnmenû, — 17. De gaudio animœ Deo servienti [syr. W), — 18. De inju- riarum oblivione, — 19. De morbis animi. — 20, De hnmilitatr (syr. IV). — ai. De pœnitentia (syr. XIV). — 22. De operibus hominis novi, — a 3. De perfectione. — 2/1. De tranquillitate, — 25. Ejusdem ad Petrum abbatem discipulum suam (syr. VII). — 36. B. Isaiae dicta, quœ Petras abbas, discipulus ejus, ex illo accepit etlibris commendavit. — 27. In illud : ii Attende tibi», — 28. De malitiœ ramis, — 29. Ejusdem lamentationes.

On a encore publié sous le nom dlsaïe de Scélé, et en latin seulement : Prœcepta sive consilia LXVIII posita tironibus in mona- ckatu, reproduits dans la Patr. lat,, t. CIII, col. 4 2 7.

II semble résulter de la comparaison de ces titres avec ceux du commentaire de Dadîsô* , que ce dernier lisait les œuvres d'Isaîc dans un ordre différent, et que les longs développements renfer- més dans le commentaire du XV* Traité doivent contenir Texpres- sien de la théologie nestorienne au tu' siècle. Un ms. syriaque du firit Mus. (add. 12170), daté de lan 6o4 , contient les œuvres d*Isaïe dans Tordre suivi par Dadiso*. Un autre ms. (add. 17262] contient des fragments d'un commentaire qui parait différent de celui-ci (J.-B. Chabot.)].

^ KfÂzm^SO signifie proprement Discours; mais il semble préférable de traduire ce mot par Traité pour éviter toute équivoque.

VII, 8

• ATM^ALK.

114 JANVIER-FÉVRIER 1906.

hèkhat^. 1r<l=lvd'•^ vdrakj^k-^ Kf*S..:»¥il3ô^ KfltixeA

L'ouvrage est divisé en quinze traités, précédés d*un avant-propos, dans lequel hauteur déclare qu'il écrivit cet ouvrage à la demande de Mar Àhôb et de Mal" Abkô§. En voici l'analyse sommaire :

Premier Traita. A. Iniroduction. /«n^-^ f^^^^^^i^ n^Abonjo ii\±ryf^jsn'\) divisée en deux chapitres :

I. Origine et vie de i abbé S«Isaïe /M^i^so^ua x^jêts

II. But du trâdté ^oA*^ n^ma JL^k^ ••^n^^ \^jêj\ 1<lî75^^J^ r^?V:a3Ki>i^). — B. Explicâtîôti du pre- mier traité /lilm^aa r^Ksfair^a^'^ ca\»^ r^jâjnoa^,

Ih Traité. Sur les œuvres bonnes et par&ites

IIP Traître. A. Introduction en délix cbiàpitrès : I. Comment les frères doivent saimer les uns les autres. j^^^jMMto^n yi<LiAT^ ^^j^m^ v^^\ vÛJk»v^-^ \^"^w T^xi^ «iraornaV ii. Comment les moines doîvetit combattre dans les pensées^ |fi<^î%*Mà\ ^a^ân t<!2^âtfti\ ;^-:\ V!:i6\^ ,\\- y — B. Explication.

ÏV* Traité. De rhumîmè \ (K? W ^^^-^ Ai^)

' Le tommièntàlire est divi^ tn èeux pM^s i A. IhtrtMWlioii;

NOTICE StIR D\DÎàÔ' QATRAYA. Il5

V. Explication da cinquième traité de l'abbé Isaïe : Règles ptnir ceux qui séloignent du monde

VI. Explication du sixième traité de Tabbé Isaïe : Sur ce qu'il vit et apprit des vieillards ^.V \^ -n

Vil. Explication du septième traité de l'abbé Isaïe, qu'il écrivit pour son disciple Pierre. [VoA^ €fr\»so\ycK t<fv!^V A. Introduction. — B. Expli- cation de ce qui est obscur dans le traité ^i^cacu

VIII. Explication du huitième traité : Conseils de l'abbé Ifiaïe aux fin^^es qui étaient avec lui /K^ï^^Doa dûQCk»^ «..^oi t<SÂi<l!i r^K^^jcr^ 11^=31^-^^.

IX. Explication du neuvième traité intitulé : Touchant l'intelligence dans son état natureL /,\\^no nâjâb£3^ x^am\.

X. Explication du dixième traité intitulé : Règles pour les novices, f tcUâk^h r<l ,m ."j^l-^ \,^ry>

XI. Explication du onzième traité intitulé : Tou- chant le but de ceux qui habitent les cellules ^ ( \\j*y^

Xn. Explication du douzième traité intitule :

* Division : A. Introduction. B. Explication de ce qui est obscur dans le traité.

8.

116 JANVIER-FÉVRIER 1906.

Préceptes fidèles et édification de ceux qui veulent habiter ensemble en paix^ /«UJ'i— joclJ^ A \^ *ia

I^V.Mf *1'gV ^jJ&-=3^ «^.^<»':\ I^JjOJraCI 1^JL=F3L»03aO

XIII. Explication du treizième traité intitulé : Touchant ceux qui veulent être en bonne paix ;qu ils doivent distinguer ce qui est utile pour leur ame, et ne pas passer mal leur temps et dans un amer escla- vage, ceux cjui sont convaincus que ces choses ne leur conviennent pas et qui se repentent de leurs péchés ^.

**Kf*"à\^ 1^JJL=3 I^ÔOQlSoA >i>\Tg\ w^^OQ ■\\^*lo\

^xTbX^ •^^ô-ictxA «."SÀro^ «^^âcnjtSim ^^^âôaxki

■ Tfc vV \ T^A'^ ^-kAo» T^^oia^ «^^«cnVvaraAA

XIV. Explication du quatorzième traité intittdé : Touchant la contrition, au sujet de laquelle l'abbé Pierre Finterrogea. ox-At^l-jc^ i<f^a-=3L^^ ,\\^no t<?0^ i<i3r^. — A. Apologie adressée aux solli- citants. (rdV.^^Ar73 )^oA^ r^ô\:3 pA=n). — 6. Introduction. — C. Eclaircissement de ce qui est^ obscur dans le traité.

XV. Explication du quinzième traité intitulé : Touchant la joie que ressent i ame qui veut servir

* Division : A. Introduction. B. Explication de ce qui est obscur dans le traité.

NOTICE SUR DADÎàÔ' QATRAYA. 117

Dieu. (i<V\"n^ ym r^xAiA rc^cK»-^ i<f^ô^\M •^^«^^^'s r^osAi^A oAn^Xifyxi). — A. Introduction. — B. Explication du discours.

Ce traité développe longuement la question de Tétat des âmes après la mort; il est subdivisé en neuf chapitres:

I. Jusqu'où s*éleva, selon le bienheureux Athanase, Tàme de Tabbë Antoine et les autres âmes qu'il vit? y^L^xrs

II. Pourquoi S. Antoine, au moment, de l'ascension de son àme, vit de nombreux démons qui l'en empêchaient, tandis qu'au moment où une grande foide montait, il vit un démon seul les en empêcher? /^avrs i<âao .W^no^y

III. Pourquoi un seul ange garde chacun de nous , ici et après notre sortie du monde jusqu'à la résurrection, pour honorer la ressemblance de Dieu , et pourquoi dit-on encore que plusieurs anges nous conduisent? /\^Lx..20 JL^-^O'^v

n.._v\,l r^oA ^<uA=3' i^rdXso ^30 am ^u& A^

U8 4ANVIEK.FKYHIER U06.

IV. Pourquoi rhpmme est-il oombattu tantôt par un seul démon, tantôt par plusieurs démons? {r^v m A\^*73tv

V. Quelle est la situation des âmes des pécheurs après la mort? Sentent-elles, souffrent-elles, s'attristent-elles, ou non? ^^Vx—r» r^ V \j v\^ r^Vv» ^ \ ^Rx i^â^ai^^

YI. Où habitent les âmes des justes après la mort? Sen- tent-ellet, glorifient-elles, on non? /^H.,jit^ x^j^^yid^

Vn. Les âmes des justes , qui sont au Paradis, voient-elles N.-S. par une manifestation de lumière, et glorifient-elles EHeu pour les mystères qui leur sont révélés , ou non ? f^^^r^^

■\. y i^oiL-li^A ^vrajcjsoci si^moi^ v^u\\p

VIII. Les âmes des saints , qui sont en Paradis , prient-elles , et leurs prières aident-elles ceux qui ont recours à dles, ou non? ^:t<Jùû^'3V'\Sk3-^ vdx»^U3^ t^Vx^ ^Vm «..^A

IX. Les âmes des justes jouissent-elles ou non en Paradis?

N0gY«l4fcRS ST MÉLANGES. U9

NOUVELLES ET MÉLANGES.

SÉANCE DU 12 JANVIER 1906.

La séaQçe est çmyerte à 4 heures et depiie sous U prési- sidence de M. Barbiei\ ps M^tnabd.

Etaient présent» :

MM. Senarï, vice-président; Al lotte de la Fuye, l*abbé BouRDAis, BouvAT, Cabra DE Vaux, Tabbé Chabot, Dus- SAUD, Rubens Duval, Faïtlovitch, Farjekel, Finot, Halévy, Ismaël Hamet, Qémept Hvart, Leroux, Sylvain LÉvi, Magler, Mangeaux-Demiau , Mayer-Lambebt, Mbrsibr , Schwab, Speght, Vinson, membres; Çha vannes, secrétaire.

hw procèft-yerbaux d^A ^é<IQces du \0 Qpveinl)r9 e( du 8 décembre igo5 sont im et aidopté^.

M. Allottb de la Fuif'E est nommé membre du Conseil sons réserve de la ratification de TAssemblée générale.

M. LE Prwp^nt annonce que, ^pri^ avoir ponsulté la commission des fonds , il est d'avis d'accorder 3oo francs à la fondation de Goeje et aoo franos à V Orientalische Biblio- graphie; ces deux propositions sont açceptée3,

M. Al LOTTE DE LA Fuf E présente un mémoire dont il est Tauteur sur les Monnaies de VElymaîie (Extrait du tome VIH des publications de la Mission Morgan).

M. HALBvy ^xpose quelle méthode ilft suivie daps ses re- cherches sur les alphabets berbères; iJ poncjut q^^ces alpha- bets sont dor^ine phénicienne etqnil n'iP^t ppini nécessaire de les expliquer par \\n alphabet ^afaïtiqne oij désertiqne.

U2 JANVIER-FÉVRIER 1906,

Par lb MinistIësb de l*Instrugtion publique ET DBS Beaux-Arts :

Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome. Fasc. 93 : G. (jOlin, Le Culte d'Apollon Pythien à Athènes^ — Fasc, 94 : G. Colin , Rome et la Grèce de 200 à iiô avant Jésus-Christ, — Paris, 1905 ; in-8".

Journal ^ savants^ décembre 1905. — Paris, 1906;

Archives marocaines^ IV, 2-3; V, i. — Paris, 1906; in-^*.

Sylvain Lévi. Le Népal, étude historique d'un royaume hindou, t. II. — Paris, igoâ; ini-8*.

Revue de l'histoire des religions, LII, 2, — Paris 1906; in-8\

J. DE Morgan. Mission scientifique en Perse, III, 1 : Études géologiques, — Paris, igoS; în-8*.

Recueil de mémoires orientaux. Textes et traductions pu- bliés par les professeurs de l'Ecole spéciale des langues orien- tales vivantes à l'occasion du XIV* Congrès internationid des Orientalistes. — Paris , 1 906 ; in-8*.

Musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tu- nisie. — Musée de Tlemcen, par W. Marçais, — Paris, 1906; in-folio.

Bulletin archéologique , 1 906 , 2 * livr. — Paris , 1 906 ; in-8".

Par lb Gouvernement indien :

District Gazetteers, Statistics, 1901-1902 (Districts de Chittagong, Malda, Dacca, Mymensingh, Bogra, Faridpur, Backergunge , Pabna , Rajshahi , Rangpur, Noakhali , Tippera, Dinajpur, Japalguri, Chittagong Hifl Tracts), — Calcutta, 1905, i5 vol. in-8\

H.-R. Nbvill. Sitapur, a Gazetteer (t. XL des District Gazetteers of the United Provinces of Agra and Oudli ). — Allnhabad, i9o5; in-8%

W. Francis, Anantapar (Mudras District Gazetteers), — Madras, igof); 2 vol. in-8\

NOUVELLES ET MÉLANGES. 121

Le Maséon, nouvelle série, VI, 3-4. — Lou vain , 1906; m-8°.

A Commentary on the Book of Joh , from a Hehrew Manu- script in ihe University Library, Cambridge, translatée! by S. -A. HiRSH, Ph. d. — London, igoS; in-8°.

Bulletin de Littérature ecclésiastique , décembre igoS. — Paris, 1906; in-8*.

The Indian Antiquary, october 1905. — Bo^ay, 1906; in-4".

N.-N. Pantousoff. Matériaux pour l'étude de la langue kozake-kirghize (en russe), 6* fasc. — Kazan, 1903*, in-8*.

Zeitschijt fàr hehrœische Bibliographie, IX, 6. — Frank- furt a. M., 1906; in-8°.

Par la Société :

Journal asiatique, septembre-octobre 1905. —Paris 1906; in-8'.

Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XIII , 6. — Paris , 1 906 ; in-8*.

The GeographicalJournal , XXVI , 6 ; XXVII , 1 . — London , 1906-1906; in-8°.

The Asiatic and Impérial Quarterly Review, January 1906. — London, 1906; in-8%

Journal of the Straits Branch of the Royal Asiatic Society, n" ào-iA, — Singapore, 1904-1905; in-8°.

Comité de conservation des monuments de l'art arabe. Exer- cice 1904, fasc. 21. — Le Caire, 1906; in-8".

La Géographie, XII, 6. — Paris, 1906; gr. in-8*.

M AHÀMAHOPÀDHYÀYA Hara Prasad Sastri. A Cutulogue of Palm Leaf and Selected Paper Mss. belonging to the Durbar Library, Népal, With a critical introduction by Professor Cecil Bendall. — Calcutta , 1906; in-8*.

Revue des études juives , n" 101. — Paris, 1906; in-8*.

Revue biblique , ^Sinyier 1906. — Paris, 1906; in-8*.

Revue africaine, n" 258 269. — Alger, 1906; in-8°.

U2 JANVIER-FÉVRIER lftQ6.

Par lb Miifisiiu de lInstrugtion PUBLiQim ET DB6 Beaux-Arts :

Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome. Fasc. 95 : G. Colin , Le Calle d'Apollon Pytkiem à Athènes^ — Fasc. 94 : G. Colin , Rome et la Grèce de 200 à iM avant Jésus-Christ. — Paris, 190^; in-8'.

Journal dfis savants^ décembre igo5. — Paris, 1906;

Archives marocaines^ IV, 2-3; V, i. — Paris, 1906; in-^*.

Sylvain Lbvi. Le Népal, étude historique tun royaume hindou, t. II. — Paris, igoâ; in-8*.

Revue de l'histoire des religions, LU, 2, — Pari* 1906; in-8-.

J. DE Morgan. Mission scientifique en Perse, m, 1 : Études géologiques, — Paris, 1906; în-8*.

Recueil de mémoires orientaux. Textes et traductions put- bliés par les professeurs de l'Ecole spéciale des langues orien- tales vivantes à l'occasion du XIV* Congrès international des Orientalistes. —Paris, 1906; in-8*.

Musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tu- nisie. — Musée de Tlemcen , par W. Marçais, — Paris , 1 906 ; in-folio.

Bulletin archéologique , 1906, 2* livr. — Paris, 1906; in-8^

Par lb GonvBRNBMBirr indien :

District Gazetteers, Statistics, 1901-1902 (Districts de Clnttagong, Maida,Dacca, Mymensingh , Bogra, Faridpur, Backergunge, Pabna , Rajshahi , Rangpur, Noakhali , Tippera, Dinajpur, Japalguri, Chittagong HiÛ Tracts), — Calcutta, 1905, i5 vol. in-8°.

H.-R. Nkvill. Sitapur, a Gazetteer (t. XL des District Gazetteers of the United Provinces of Agra and Oudh ), — AHaliabad, 1906; in-8*,

W. Fnwcis. Anantapar [Mvdras District Gazetteers), — Madras, ic^oï}\ 2 vol. in*8\

NOUVELLES £T MÉLANGES. m

Madrés Dhtrkt GrazêUeer*. &flti$tiad Appwdiaifof Cnàda- pah District. — Madras, igoB; in-8'.

Kamal bd-Din Ahmad and Abdu *l-Muqtadir. Catalogue of Arabie and PersianManascripts in the Lihrary ofthe Calcutta Madrassah, With an Introduction by E. Dbnison Ross. — Calcutta , 1 goS ; în-8*.

Arekaeologica} Survey rf Wêsiem India, vol. VIII. — The Sâmhammadim Architectare of Ahmadahad , fstri, II, by Jas. BviiGBf». — LoQdon , 1 goS ; gr, in4*.

Par la Bibuotuèque nationale csiitiuix db Fi/)Iiibncb :

Bolktiino deU^ puhblicazioni italiane ricevute per diritto di sUimpa^ num, 60. — Firenie, igo5; in-8**.

Par l'Université Saint-Joseph , À Beyrouth : Al-Maçhiq, VII, aS, a4. — Beyrouth, 1906; în-8*.

Par l*Uiiitbrsité Harvard, X Cambridge (Massachusetts) :

The liittle ClayÇari (Mrcchakatika) ^ a hindu Drania, attri- buted to Ring Shûdraka, translated. . . by Arthur William Rydbb, Ph. D. — Cambridge (Massachusetts), igoS; in-8\

SEANCE DU 9 FRVWER 1906.

La séance est ouverte à 4 heures et demie, sous Ja prési- dence de M. Barbier de Meynard.

Etaient présents :

MM. Senart, vice-président; Allotte de la Foye, Bas-

MADJIAN, BOURDAIS, BoUVAT, CaBATOX , J.-B. ChABOT, de

Chabbngey, Rubens Duval, Fargenel, Finot, Graffin, Gdimet, Haliévy, Ismaël Hamet, Victor Henry, Clé- ment HuART, Labourt, Manceaux-Demiai) , Meillet, Mer- siER, Nau, Revillout, Schwab, Specht, Tamamchef, Vin- son, membres, Ch aw aunes ^ . secrétaire.

124 JANVIER-FÉVRIER 1906.

Le procès-verbal de la séance du 12 janvier est lu et adopté.

Est reçu membre de la Société :

M. Fevrbt (André), attaché à la Bibliothèque Nationale, 8, rue Renault; présenté par MM. Moret et Schwab.

M. r.E Président donne lecture d*une lettre dans laquelle M. Gabriel Ferrand sollicite une subvention pour une publi- cation relative à des documents arabico^malgaches de la Bi- bliothèque Nationale. Cette demande est renvoyée à la Com- mission des fonds qui statuera.

M. GuiMET présente le tome XVII des Conférences faites au Musée qui porte son nom; M. Guimet est Tauteur de toutes les conférences contenues dans ce volume.

M. Tabbé Nau présente en son nom un article extrait de la Revue de ï Orient chrétien et intitulé Le Chapitre sur les saints anachorètes et les sources de la vie de saint Paul de Thèhes, — M. Nau dépose ensuite sur le bureau les épreuves du premier fascicule de ï Histoire des Patriarches d'Alexandrie, publiée par le D' Evetts.

M. Sylvain Lévi, qui était inscrit comme devant faire une communication , s'est excusé par letlre de ne pouvoir assister à la séance. La parole est donnée à M. Tabbé Chabot qui propose diverses corrections de texte élucidant des gloses de Bar Bahloul et du Thésaurus syriacus,

M. Rubens Du val approuve ces restitutions.

M. DE Charengey signale des indices de parenté entre r ancien susien des Achéménides et divers idiomes caucasiques, notamment le géorgien.

M. Senart propose une traduction nouvelle d une petite inscription trouvée près Je Kapilavastu et déjà étudiée par plusieurs indianistes. — Ces deux communications paraîtront dans le Journal,

La séance est levée à 6 heures.

NOUVELLES ET MÉLANGES. 125

OUVftAGES OFFERTS X LA SOClÉïÉ.

Par les autecrs :

Allotte de la Fuyb. Monnaies de VElymaîde. — Chartres , 1906; in-4*, avec adas.

Sri Kalinath Murer ji. Popular Hinda Astronomy, — Calcutta, 1906; in-16, avec atlas in-^".

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ANNEXE AU PROCES- VERBAL. (Séance du 9 f<*vrier 1906.]

1. Sur une glosb de Bar Bahloul : i^xdoi^- A^aoooi^.

On trouve dans le Leadqae de Bar Bahloul, éd. Du val, col. 55 , 1. 1 5 , la glose suivante :

NOUVELLES ET MÉLANGES. 129

et col. 76, 1. 8 :

Ces passages ne sont évidemment que la répétition d'une même ^ose, mal transcrite dans lun ou Tautre cas. M. Imm. Loew, influencé sans doute par l'explication , avait suggéré , comme simple conjecture , de voir dans le premier cas le mot latin exsaL Cette hypothèse suppose une mauvaise graphie à cori'jger en ^^CLùty^r^; cette supposition serait assez plau- sible paléographiquement ; mais elle se helirte à plusieurs diflicultés : 1® L'emprunt direct d'un mot latin; passé en syriaque (à une époque ancienne) sans l'intermédiaire du grec , est un fait presque sans exemple qui ne doit pas être admis sans des preuves solides; 2® t^ScLûo^l^ ne signifie pas exsttl, mais exUium; 3" la seconde glose (qui paraît iden- tique à la première) peut difficilement être ramenée à la lecture AgfA^M^; tandis qu'au contraire, dans l'écriture jacobite surtout f'^uvoo) peut facilement être une corruption de U^o] ; enfin , 4* la seconde glose est vocalisée : ce qui suppose plus d'attention de la part du copiste, et lui donne à priori plus de chances d'être la leçon correcte.

Je crois avoir retrouvé le texte même qui a servi de base au lexicographe , dans une lettre du catholicos Isô yahb III ; il en résulte : i* que la bonne leçon est bien r^ùùCkX^* 2° que ce mot est synonyme d'exilium, dans le passage in- diqué; et 3° que le lexicographe ne paraît pas avoir compris l'étymologie du mot, qui n'est autre chose que le nom même de la ville d'Egypte Oasis , en grec >; Ôaais ou ^ A^ijacris.

Le texte auquel je fais allusion se trouve dans la dernière lettre du recueil épistolaire de 'Isô'yahb '. Elle est adressée au clergé et aux fidèles de l'Eglise d'f^desse (jtw'Hai^-^).

On y lit (p. 283, 1. 22) : rd— » ^orcf orcf A -A . ■■aki

* R. Du VAL, Isû*yahb Liber Epistularuni [Corpus Scr, Chr. Or., Script. Syri, ser. II, t. LXIV, p. 283 etsuiv,).

draiMr.uiB aATloaALKï

130 JA>V1KR-FÉVR1KR lyUH.

Et un pea plus loin (p. a84, L 4) : ^^-=^^ \jiX^<à^ . t^-MuiL^^ r^\>xnf ^ sSiàiM^ .^^^^% i^ito^ttf^

Le mot K^iLfiooi^ est en syriaque U transcription du grec owtU Si on ]ui donne ici cette signiGcation « on n'ob- tient aucun sens satisfaisant , dans ces deux passages paral- lèles. Mais si on lit avec Bar Bahloul r^iopoir^^ et si on re- connaît là le nom de la ville d'Oasis, qui était sous les empereurs byzantins un lieu habituel d*cûl"« surtcmt pour le clergé d'Egypte , on obtient un sens très précb et très clair, et les deux passages parallèles sVipUquent mutucdlement. |ja traduction servile serait la sni vante :

Et pro Oasifamosa in Edrfsa dilccta n\<ini rommirtavit nMs Deits exiHam ( in ) hcam qaiefis

/'ro cnim Soba ' nostnt, qaar fit if nobis Oasis per pkrrs mr/r.ccy, m Ktlrssa rcstra commntttfas est nabis locms tpii^iê. . .

< jue le patriarche nesiorien ait pris le noA d*Oasia pour symboliser Teiil, cela est d'autant moiifs surprenant que T^estofHis lui-mémo avait été eiilé eif cet endroit.

La seule difttcuUé réelle porte non sur le sens^ qui paruil indubitable^ mais sur la lecture matérieUe. On Kt en effiEfi

' kSs^ax. L*uuteui% qui a employé ><M'Slt1^ dans te iHre, em- ploie irr le nom grec à cause de la consoimaiMT entre YisierW^

' Le tente du ms. porte l^^^ki^n y^\caxM^f^ fCf'îîkll^,

luais le sens el le second passage paraissent iadiquer qu*il y a eu transposition.

^ Cf. Zos., V, i\; D'uj,, MI, 5; Jlstin., 9, 17, 26.

^ ( '/e»t-à-chre Nitilie [hébr. : r017); il l'appelle AwriiM»» parc;» «ju'il axait l'-ti' l'Icxr à rKrole 4e rettc rille.

NOUVELLES Et MÈLAMOftS. i^l

f^^kfitfoh^ ar^i Que faire des lettres 01^? On peut cunjdc- tiirôr qnc nous avons Jà Tartide grec ^ , qui aurait été tran- scrit cifw ou li^u de 9^1 ou bien réunir le tout en un seul mot et lire l<lûfiôttfcW^. Cette dernière forme ne s'écarte pas beaucoup des différentes orthographes connues du nom d'Oasis. Ori le trouve écrit «iûboi^ (ZiHIHah., éd. Mai, Seripté Vet, N, CoU»i p. 332$ éd« Land, p. 100, 119); i^x»rdcir^ (liici., p. 1^4, 217); «ouLûordor^ (Athana»«, EpUt.i Ij 18). Mais y quelle que soit la lecture quon pré- fère, il semble bors de doute qu'on doive reconnaître sous cette graphie le nom propre Ai;a<T«.

On atira reoiârqiië que ce nom est appliqué métaf^ri- quefifênt k )« ViUe de Nisibe; Or, d'après une note citée dans le Thesaaraê syriacas, col. 1670, Nisibe serait appelée à'nû nom d'apparence très étrange : oôt^ofÀufioitmAy N'y aurait-îl pas là une déformation maladroite de éùtKÙàcoi^ ><n ? C'est une simple hypothèse que j'émets, sans y attacher plus d'im- portance é[tl'élle ne comporte.

II. KfXsACi^Vy. [Thés, syr,, col. 4197).

Ce mot signifie vessie, gr. k^xtIis. Parmi tes exemples cité* sot» €5« nlot dan* le Thësaarus syr* ^ on lit ? « //i média €adà siia est terra mI i^&tààj^ v4^VvMèA\se. » i. e^ ^ ut vesica if^ata.

Cette locution stngulièie n'est poini exacte* La phrase est tirée du Cbmmentaire de Bar Salîbî sar les Evakgiles, on le cotitcctte donné un sens tout différeht; Voici le passage en- tk» ^ et âa traduction mot h moi :

• »^"^•H t^vv^in rr\ \ y^ '^\ \ ^^\^ • \'^ • ^\tnHfél

^ Bar Saîïhï, Ccntm. ifi ktancfelia. ctl. Sedîafcek, {Corfms Scti Chr. Or. . Sriipl. S\ii, Scr. Il, t. XCVIIÎ, p. 99).

o

132 JANVIER-FÉVRIER 1906.

Ils disent (les Chaldéens, en pariant des astres) quil y en a sept qui vont de l'Occident à l'Orient, et douze de l Orient à V Occident, avec le corps des deux qui entoure, comme le cercle d'aune roue, le circuit de la terre, et la terre se trouve au milieu; comme une vessie goiiflée , et au milieu d'elle (de cette vessie) un grain de millet.

Nous avons ainsi une explication plausible et très natu- relle. La terre occupe le centre des corps célestes; ceux-ci l'entourent conmie une roue; tout cet ensemble peut être comparé à une vessie gonflée au milieu de laquelle se trou- verait un grain de millet figurant la terre.

J.-B, Chabot.

NOTE SUR L'INSCRIPTION DE PIPRAWA.

Les services qu*a rendus M. Fleet et Tautorité quil s*est acquise en matière d'épigraphie indienne sont trop connus pour que rien de ce qui vient de lui paraisse négli- geable. Le Journal* Asiatique de Londres nous a apporté récemment (oct. 1906 et janv. 190G) deux notes qu*il a consacrées au vase de Piprâwâ. Avec une observation très précieuse et tout à fait décisive , elles contiennent des inter- prétations et des commentaires que j'estime moins heureux. La haute compétence de M. Fleet risquerait de les accrédi- ter. Je croîs .bien faire de résumer rapidement qu^ffoes uns de mes scrupules. Je n entends pas (*ntrer dans une discu^: sion étendue ; je voudi*ais simplement essayer de fournir une petite contribution a Tintelligence de ce texte eourt, mais curieux.

NOUVELLES ET MÉLANGES. 133

J*en rappelle d*abord les termes :

Sukitibliatinam sabhaginikanam saputadalanam iyam salilani- dhane budhasa bbagavate sakiyanam.

11 ne semble pas que la lecture laisse place à aucun doute grave. Elle avait, pour tout l'essentiel, été d'abord parfaite- ment établie. Mais M. Fleet a eu le grand mérite de démon- trer que l'épigraphe commence, non par iyaik, mais par sukiti", que sakiyanam en est le dernier mot. Ceci posé, il s'en déduit des conséquences importantes.

1* Et d'abord si sakiyanam a été ainsi soigrneusement séparé des génitifs pluriels qui ouvrent la phrase, c'est évidemment de propos délibéré et pour bien marquer que la relation grammaticale n'est pas la même dans les deux cas. Il n'est donc pas permis de prendre sakiyanam comme un qualificatif de 5iiAri<i6/m^inam. *

2** Quant k la fonction du génitif initial, elle est précisée par d'abondantes analogies. Les dédicaces comparables sont nombreuses, notamment dans les grottes de l'ouest. Tou- jours, autant qu'il m'en souvienne, quand l'objet de là donation est exprimé et qu'il l'est sans addition de dànam ou deyadharma, le génitif par où elles commencent désigne le donateur. Pourquoi en serait-il autrement* ici? C'est d'autant plus improblable que les épithètes sabhaginika, sapntadala, des équivalents ou des similaires , reparaissent plus fréquem- ment dans les formules pour associer les parents dénommés au mérite delà fondation pieuse. Ces considérations sont, je pense, péremptoires. Mais, même a priori, ne sèrait-on pas fondé à s'étonner que — comme ce serait le cas si l'interpré- tation de M. Fleet était exacte — on eût , dans une urne d^ là dimension ordinairement affectée à des reliques indivi- duelles, prétendu enfermer les restes d'un tel nombre de défunts ? que , les honorant d'une inscription funéraire , on les eut enveloppés dans un commun anonymat?

y L'expression salilanidhana est d'ailleurs incompatible avec lidée de simples restes morUiaires. Nous retrouvons

J34 JAWVIBH-FKVRiKIi lilOÔ,

hrîra dans inscription àp T«|^fa#|{â, df|9|l ripiisrip^ÛHi do vase de Bimaran; comme ici il y est rapproché da nom de bhagavat; ici comme là il s'applique à des «relicpes» do Bouddha. Le mot nidhâna implique une Idée de trésor, de dêpdt précieux. Assurément éarîra a d*||^ort} ^^dji la langue commune le sens général de « eorps ». Mm jp doute que , dans la Ungue tKmddhique , il fat posnilile , MM vçl pç^t de vue des idées , soit nu point de vue de TeiqpreMion , d^ jus- tifier par dei analogies 4uflSsante4 Temploî supposé de Sarîranidhâna pour désigner dei restes oiOFtels boq non- sacrés par le cuite, Certainement nous «omm^f en présence d*nn «dépôt de reliques du Bouddha bienbenrau^ »,

i^ Reste $akiyanam. J'ai dit pourquoi nou» ne le pmvens construire en apposition a suHiihhaiintm et que la positûm même des termes e^^clut cette hypothèse. M* V\^ a*est donné beaucoup de peine pour présenter le mot comme « non pas sàkya» ainsi que lavaient tout liatnrpilement entendu ies précédente interprètes, mais^i?^^; U ny aurait en eflet nulle impossibilité formelle. En revanche, s*il faut, comme je viens de rétablir, rattacher le génitif ^a^oM bhagavaie à saliknidhm0» fvakfya employé absolument me présenterait ii;i aucun sens défini, H y a plus. Faisoni abs- traction de cette «diffîcnlté et des observations ^nt^rieurea; je serais bien surpris qu'aucun philologue tint pour admis- sible une locution bhayHvaliib ù'akïya pour dire hhag^vtHo JHâtayali, SvakivQ « les siens », se peiit bien employer, fliomme équivalent de f> parents >• , dans une pbraie où , comnie dans le vers du MBh« cité par M- Fleet , il f st question des pafents du sujet : svaktyân nijfiyknuh «ils ont tué les leurs» ; pe n*est pas une raiion pour qu'il soit loisible d'écrire ffoidhasya ive- kîye pour dire «parents du Bouddha», pas pli}< qn'on ne pourrait en français dire • les siens di) Bouddha ». Sakija est bien = iàkya, tout simplement.

r.a fonction de ce génitif n'est pas plus my&iéneiise *.

^ .raurais, pour rraiitres raisons, bien d'autros r^senos à frife

NOUVELLES ET MÉLANGES. 135

Dans ma notice iur les inscriptions de Karie (Epigr. Jnd^, VU , p. 5o ), J*ai fait allusion à Tusage en vertu duquel up génitif pluriel est parfois attaché a un nom d^homme poiir définir la popidation , le clan , la seote a laquelle il appar- tenait. Il serfiit aisé de multiplier les exemples (comm^ Bedsa , n' 3 ; Kuda , n* 3 ; Kaiie , n" 8^9 , dans Cave iempk^ Inscript,). Il en est de même ici, et sakiyanam «des Sâl^yasi, désigne le Bouddha comme un rejeton de la race des Sâkyas. La mention est particulièrement naturelle en une inscription gravée peut-ôtre par des gens de sa race, en tous cas posée en une région voisine de Kapilavastu et où le nom de Sâkya était en honneur. La littérature bouddhique du Nord a généralisé Tapi^cation au Bouddha du nom de Sâky^muni ; c'est donc que de vieille date on rappelait volon- tiers r origine ethnique du maître. 11 est vrai que , dans les exemples que j^en puis alléguer, le gépitif ainsi employé pré- cède le nom; mais rien ne s'oppose à ce que, placé après, il remplisse le n^ème rôle, et Ton voit as-ez que, dans ce cas p^rtipuUer, le déplacement était inévitable,

5° Une seule obscurité demeure ; c'est celle qui enveloppe le mot sukitibhatinarh. Etant établi que les génitifs du com- mencement doivent viser le ou les donateurs, i^t le sens des épitjiètes suivantes ét^nt parfaitement limpide, siMi doit-étre un nom propre. Sakitibhalinam ne se peut en- tendre que t Sukiti et ses frères ». Si on a pris la peine d'inscrire ce vase, cest que l'on prétendait perpétuer le souvenir de ceux qui avaient eu l'honneur de la fonda- tion ; il serait paradoxal d'imaginer que Ton ait tenu à sign.Q- 1er des soeurs, des fils, des fenimes sans mém^e donner un nom auquel ces parentés se pussent référer. Qu*un cerUiin doute subsiste sur U forme étymologique sujtîHi, mkjii <W toute autre , il importe assez peu puisque , de tonte fliçQn , et

sur la thèse générale de M. Fieet qui dans le nom des Sâkyas ne veut voir qu'une restitution erronée en sanskrit du prâkrit sahiyn pour svalnya. Mais je serais i)ien surpris si cette conjerturr Taisait beaucoup d'adeptes, et je m'en tiens à mon objet immédiat.

136 JANV1£H-FKVH1ËK 1906.

comme ii arrive d*ordioaire pour les donateurs non princiers qae nous révèlent les inscriptions, le personnage, quel qu'il soit, ne nous est pas connu par la littérature, Smiârti semble, a tout prendre , la restitution la plus probable. Ce n*est pas à dire que Ton le puisse prendre, ainsi que le proposa M. Flect, comme un appellatif du Bouddha : «rUliisIre». Indépendamment des raisons préjudicielles que je viens d'indiquer, une pareille conjecture serait singuUèrement suspecte. G)mment supposer qu'une formule consacrée comme celle-ci ait aux noms et aux titres connus du Boud- dha substitué une épithète arbitrairement choisie et d'ailleurs bien peu significative? Comment croire que les auteurs du don se seraient désignés eux-mêmes en des termes si imprécis, si peu en harmonie avec le caractère simple et sobre de l'épigraphe ?

La traduction en parait en somme certaine et satisfai- sante :

« Ce dépôt de reliques du bienheureux Bouddha [de la race] des Sâkyas est [l'œuvre pieuse] de Sukitî et de ses frères , avec leurs sœurs , leurs fds et leurs fenunes. »

Dans quelle mesure cette fondation se ratt^iche à cette première distribution des reliques du Bouddha qu'atteste la tradition , nous n'avons aucun moyen de le contrôler. Ce qui est sur c'est que notre monument n'a rien à voir avec la légende — quelle qu'en puisse être la valeur histo- rique — qui relate la destruction partielle ou totale des Sâkyas.

J'ajoute que , autant qu'il m'est permis d'en juger par les reproductions qui me sont accessibles, je ne vois aucune raison solide qui assigne à cette inscription une date anté- rieure a l'époque d'Asoka.

£. Senart,

NOUVELLES ET MELANGES. 137

LE SENS DU MOT HEBREU ^DÇf .

La traduction admise presque universellement par les lexicographes et les traducteurs modernes de l'Ancien Testa- ment est « hauteur dénudée » . On dérive le mot de nstî^ « être ]isse, chauve». Cette étymologie est exacte, mais ne justifie nullement l'idée de haatear. Nous croyons que la significa- tion de ^DC^ est «un chemin battu, une piste». En admet- tant ce sens, tous les passages où se trouve le mot ^DC^ s'expliquent sans difficulté, tandis que le sens de «hauteur dénudée » se heurte parfois à une véritable impossibilité. Les anciennes versions sont dans Tensemble favorables au sens de «chemin battu». Enfin le parallélisme et le contexte four- nissent en faveur de ce même sens des probabilités très fortes, si fortes que plusieurs diront certitude.

Passons eu revue les neuf passages ( en omettant Job, jaxui , 2 1 : texte corrompu) où ^DC^ se présente :

Is., XLi, i8 :

Je creuserai des fleuves le long des pisteÈ et des sources au miheu des plaines;

Je changerai ie désert en iac,

les terres desséchées en eaux jaillissantes.

LXX : èiri t6ôv ôpéaûv; Pesh.: )>a^; Targum: pl^i; Valg.: in supinis collibus.

Le Prophète décrit le retour des exilés par le désert. Dieu poussera les soins affectueux jusqu'à transformer le désert aride en une terre abondante en eaux. Les images sont ex- trêmement hardies, mais il est injuste de prêter au poète la métaphore grotesque de fleuves creusés sur des mon'- tagnes \

' Au verset Is. , xxx , 2 5 , je lis D^DI sang, au lieu de Q^D eau. Cette

138 JANVIER-FÉVRIER 1906.

Le ïargum a bien vu qu'il s'agissait de chemins, 11 tra- duira toujours par ce même mot KIHJ {bslqî Nombres, xxiii, 5) qui sij^niûe selon les cas o chemin» ou o cours (d'eau)» (cf. Jas- trow, A Dîctionary of the Targamim., . s. k. v.). Le sens de «montagne» est d*autant plus inadmissible que le dé- sert sera miraculeusement nivelé pour le passage des exilés (XL, 34).

Is. , XLix, 9 h'C :

Le long de tous leurs chemins (d^5*^t) ils pourront paître, le long de toutes les pistes ils auront des pâturages.

LXX : <f«r9 rpi€ott; Pesh.: nua*.; Vulg, : in omnibus planis.

Ici, les versions sont d'accord pour traduire : «chemin, chemin battu, piste. » Dans ce texte et dans tous les suivants, sauf Nombt^s, xxiii, 3, la Peshitta traduit fort bien par^V^A* « chemin , semita ».

Le parallélisme avec 0^3*11 «chemins» est parfait. Le sens « hauteur dénudée» est insoutenable , car i*le désert que doivent traverser les exilés pour revenir dans la Terre pro- mise ne consiste ni exclusivement • ni principalement en

correction, que je ne trouve nulle part, me semble impérieuse- ment exigée, par le contexte :

Alors, sur toute haute montagne,

(»t sur toute colline élevée,

il Y oura des puisseaux, des «fleuves de sang»,.

au JQur du grand ma£sacre ,

(juand les tours tomberont.

Lq prophète représente les collines couronnées de tour» fwti- fiées : i'fnnf^pii jes renverser» at )e massacre sera tel que le sang coulera en ruisseaux sur les pentes. Les «fleuves d'eau» sont donr à rejeter.

Au Ps. civ, 10, les fleuves « niarrlient entre les monta<;nos», ■coinmc il convient» •. -..•..

NOl)Vt:L.HîiS ET MÉLANGES. J39

hauteurs (dénudées) , et 2" les pâturages que Dieu prorpet ne peuvent pas se trouver sur des collines pelées.

JÉR. , III , a :

Lève les yeux vers. les pistes (du déserl)

et vois où tu ne t'es pas accouplée. Tu t'asseyais le long des chemins pour les (guetter) ,

comme ùâ\. TArabe dans ie désert,

Israël infidèle est comparée ici à une fi^mme de mauvaise vie épiant les passants près des grands chemins, dans des endroits écartés, «comme fait l'Arabe dans le désert». Jé- rémie semble penser à l'épisode de Thamar [Getu, xxxviii, i4 sq.). C'est donc bien h tort qu'on a voulu voir ici le ta- bleau si fréquent de l'idolâtrie , tel qu'on le rencontre, par exemple au v. 6 : «As-tu vu ce qu'a fait l'infidèle Israël? E^e est allée sur toute montagne élevée et sous tout arbre vert, et là elle s'est prostituée.» Même en donnant à *Dt^ la signification de «hauteur dénudée» , on ne peut pas y voir facilement les collines boisées où se pratiquaient les cultes idolâtriques.

LXX : eis eiSeîav. Ont-ils songé à un chemin dtvit, ou bien ont-ils lu un autre mot, par exemple : D>*1tf>D ? Vuly. : in directum. Remarquer encore ici le parallélisme avec che- min (D>3-n).

JéR.,''iii, 21 :

Une clameur* se fait entendre sur les pistes (du désert) : ce sont les pleurs suppliants des enfants dlsraêL

Car ils. avaipnt perverti leur ijoic (d^^t), -

ils avaient oublié Jéhovab leur Dieu.

Les exilés sont représentés comme errants (iv, i) dans up désert (m, 12, 22), mais invités à revenir : ils sont inôine déjà en route (v. 23).

Encore le parallélisme avec 'ÎJ'IT «chemin, roinn,

ïi\\ ont lu à tort Ç^PSfc* -)($i}^é(ûVi

140 JANVIER-FKVRIKR 1906.

JÉR. IV, 1 1 :

Un vent brûlant (souffle) sur les pistes, dans le désert, (sur) ie chemin ('H^l) <le la (ille de mon peuple.

Ce vent brûlant représente la marche rapide des armées (v. 7 sqq.) se dirigeant par le désert contre Jérusalem (cf. ijifra, XII, la).

LXX omettent; Valg. : in viis. Le Targain prend ici ie mot Nl^i^ bien arbitrairement, au sens de cours d*eau : h^* p>Dl pirii ^^1 «près des sources des cours d'eau».

Encore le parallélisme avec Ipl,

JÉR. VII, 29 :

Coupe ta chevelure vierge et jette-là :

entonne sur les pistes (du désert) (ta) lamentation.

C'est le seul passage où il ne s'agisse pas expressément du désert. Mais comme dans tous les autres cas ^DI2f désigne frun chemin battu dans le déseit», il n'est pas téméraire d'admettre qu'il s*agit é<>alement ici du désert, Israël, comme une femme esclave , coupera sa chevelure et sera emn^enée captive par le désert.

LXX ont encore lu ici D^rStT = ^eiXéœv. Vnlg. : in direc- tum.

JÉR, XII, I 2 :

Sur toutes les pistes, dans le désert, arrivent les dévastateurs; oui , le glaive de Jéhovab dévore le pays d'une extrémité à l'autre : aucun vivant n'est sauvé.

LXX : heK^oXijv « passage , défilé » ; Valg, : omnes vias.

Il s'agit, comme dans iv, 1 1 (sapra), des armées arrivant par le désert pour ravager le pays.

JÉR. XIV, 6 :

Les onagres se tiennent immobiles sur les pitiés (du désert), ils aspirent fair comme des « dragons » , leurs yeux s'éteignent, car il n'y a plus d'herbe.

NOUVELLES ET MÉLANGES. I4l

11 s'agit encore du désert ou steppe syrien (v. 5 : Dlfe^).

LXX : vàiras t vallon boisé î » ; Valg. : in nipibus(î). Remarquer Talll té ration : ^S5<^ D^St^. Lire probablement D>:>^ri. Le TM (— chacals) donne un sens difficilement justifiable.

Nombres, xxiii, 3 :

et ( Balaam ) . . . partit sur un chemin.

LXX : eiSetav; Pesh, : J^LBjk, « avec sincérité I » ; Targum : ^l>n> « seul » ; Vulg. : velociter.

On le voit, il n'y a ici aucun accord entre les versions.

Les modernes font monter Balaam sm^ une hauteur dénu- dée, parce que, dit-on ingénieusement. Dieu s'y révélait de préférence. Le sens est beaucoup plus simple. Balaam demande a s'écarter afin de « rencontrer » Dieu dans la soli- tude. Et pour s'écarter, il fit ce que tout le monde aurait fait à sa place, il s'engage dans un chemin , il se met en route sur une des pistes battues qui sillonnent le désert ou le steppe. Pour la construction, comparer l'emploi analogue de 1]")T Nombres, xx, 17 : « nous irons (par) la grande route »; II Rois, m, 8; /s./xxxv, 8 (si le texte est correct); Jéi\, XVIII, i5.

En résumé, le sens «chemin battu, piste» convient par- faitement à tous les passages. Il a pour lui le témoignage des anciennes versions qui ont admis ce sens ou un sens voisin dans la plupart des cas : LXX: 2 (ou 4) fois; Pesh, : 7 fois; Targum : 'j fois; Vulg,: 3 (ou 4) fois. Le mot se trouve A fois en parallélisme avec Ipl «chemin».

Quant à l'étymologie , on a raison de rapprocher ^92^ de nDtCf «être lisse», racine qui a du reste iin développement plus considérable en araméen qu'en hébreu. Le ^9t^ est un chemin battu, rendu lisse par le fréquent passage des antnaux ou des hommes. L'oiiglne du mot r ssemble donc à celle de notre mot fdste, emprunté de l'italien pista.

142 JANVIER^FKVHIKK PJ06.

variatste de pestai substantif verbal de pislare, pesiaret « pres- ser, piWr» (Darmesteter)j Cette étymologie est confirmée par l'emploi de Tadjectif ^Dtf en aram<^en dans des phrases comme : K^DC^ '♦snm KnniK »le cbemin des justes est lisse (bien aplani, bien battu)», Targam : Prov,, xv^ 19.

L'origine des traductions « montagne , hauteur, sommet dénudé » , ne serait- elle pas un rapprochelnefît âtèiitliî'èux quon aura fait entre ^^}^ et nDt2fiJ"")n «montagne chauve •, dlsaïe XIII, 2 ?

Paul Joùœi.

Les linguistes qui se sont occupes spécialement du vieil idiome dit « Médique » , mais auquel conviendrait mieux sads doute TappéUation de « Néo-Susieti», semblent aujottrd^hui asse^ d'accord pcrur le rapprocher^ non pas des dildeetes ^taïques ou Ougro-Finnois , malgré sa structure aggluti- nante , mais bien de ceux qui se parlent danf le CàucMè et que Ton désigne parfois sous le nom de » DioscUriens ».

Âutamt qu il est permis de former des cofvjetftures au 9tijet de langues encore imparfaitement étudiées, nous nous ra»- gérions volontiers à cette manière de voir, du moins jusquà noovel ordre. A Texem^ide de M* J. Hdévy, baa^ crains, retrcrciTer entre le pétendu Médique et les psiters da Geo- emm qnel^aes pmnts de cicmtiKt qoe Fon ftttriiniennt diffîri- lement soit au pur hasard , soit à un eriiprafit. H est vrai que nos rechercher ont porté à pett prè» exclusivement sur la grammaire, non sur lé lexique. Quoi qo'il en mt, voici les ressétÉiblances que nous croyons pouvoir fme ressortir.

Le fduriei du Mèdè (voir Jides Ofprrt, Le ptufle et Ut langue âéi Mèdes, Paris, 1^79) est formé géneralemeiit par Fadjonction d'un p oU d'une syllabe pê finale. El. : t:=f K=f ^Knf ^<*— tclni ncirvfftier*^ el td^ip tfdavsHefS»; -^^ sak « ftlnis *, et êâkpe t fdii #j - ^^ Madtt # k Mède * , €t MAdapé * les

NCJDVÊLLKS ET MELA?CGES. Ii3

Mëdfs». Cep, signe de piaraiisation, se reûcortlre parfois même dan» le yerbe; es^ : tiriki ttti disx^ et tïtikiff^ yaû» dites ». Souvent, toutefois, il se ircfwré intercalé, ex. : çaktird «in adlais», eiçaktipfa « tous aUiez ».

Un phénomèile tout sèÉnblabie se itianifeste dans les iangnes du Caucase , au moîtis dans celles du groupe loiéré-' thien. G*est la désinence hi ou ébi qui le plus souvent, mai» non tox^ours, se trouve indice de pluralité en Géorgien; ex. : ^^i> mamà * père <►, et ^i*"^^» mamébi « pères» ; on^^rf thawi «têtéf, et <w»g3Ïw ihawéhi ê iéiesii ; j^i^ hiho «écre visse*, «ît ^#>V3^« hihaébi «écrévisses» (voir Brosset, Éléments de là Utngae géorgienne, PkA», 1887).

La ressemblance serait plus étroite enèore entre le Mède et eertains idiomes, du reste apparentés de près au Géorgien. C'est, par etemple, la sylinhe finale pe en Laie, eiphi en Mlngféiien, qm marque normalement le pluriel.

D^kilportaiites âtffîmtës peuvent également